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Numéro libre

Codex : littérature et traversée du temps : DIANDUE BI Kacou Parfait

Le postulat général de cette contribution est que la littérature est le lieu de réinvention du monde où son espace de réification et même son moment de cryptage. Son postulat restreint affirme que les nervures du temps et de l’espace qui président à la destinée humaine parcourent la littérature qui recèle par la même occasion les codes et les mystères de l’existence. Relevant de l’imaginaire et de la pratique de la vie, la littérature s’arroge le décodage et la figuration par la fiction de la projection, de l’origine et du déroulement de la vie et des modes de vie des sociétés humaine, animal, végétal et minéral. Nombre de théories affleurent et se propagent quant à l’angoisse de l’humain face à son être, à son devenir et sa finitude. Des hypothèses pour rassurer la curiosité de la rationalité active, il apparait que la littérature est un codex. Elle est un langage crypté à la fois par la simplicité de son énonciation mais aussi par l’abscons de son symbolisme. Nous sommes donc en plein territoire de la cryptographie tant l’évidence parfois, et paradoxalement, ferme les yeux aux sens. La littérature cerne le tout existant en métaphorisant le réel sensoriel dans l’étendue de la représentation.

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Le colonial malgre lui dans le terroriste noir de tierno monenembo : Adama COULIBALY

La question centrale de cette contribution est de savoir si le roman africain peut échapper à la « scène originaire » du trauma colonial. Elle y répond à partir de Le Terroriste noir de Tierno Monénembo. Paru en 2012, dit par une septuagénaire d’un village perdu de France, ce récit raconte les trois ans qu’un tirailleur sénégalais, engagé volontaire, passa à Romaincourt, sous l’occupation allemande. L’hypothèse est que malgré le décentrement apparent de ce roman du territoire colonial africain, il ne parvient pas à tourner le dos au fait colonial. Il y revient « malgré lui ». Avec une grille de lecture postcoloniale, ce roman, tiré de la vie d’un personnage historique, participe d’un cheminement de l’interculturel à la transculturalité. A partir d’un survol du fait colonial dans quelques œuvres de Monénembo, elle analyse la distance narrative comme une rhétorique du paradoxe installant ce récit dans le débat postcolonial.

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La litterature française n’existe pas. penser la categorie de litterature nationale aujourd’hui : Abdoulaye Imorou

L’édition africaine entre aujourd’hui dans un moment charnière avec un certain nombre de nouveaux acteurs et des publications de plus en plus nombreuses. Cet article invite à actualiser la catégorie de littérature nationale afin de mieux appréhender ce phénomène et ses conséquences du point de vue de la concurrence que se livrent les différents champs littéraires sur la scène mondiale. À cet effet, il oppose deux définitions de la littérature nationale. La première repose sur la conception romantique de la nation et de la littérature. Elle part du principe que la nation est un être organique animé par une essence et un esprit spécifiques et que la littérature est portée par l’âme nationale et chargée d’en transmettre les valeurs. La seconde se veut sociologique et met en avant la manière dont l’acte de littérature intervient dans un espace social particulier régi par ses propres règles et logiques et qui s’appuie sur un certain nombre d’institutions parmi lesquelles on compte les maisons d’édition.

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De la littérature populaire en cȏte d’ivoire : quelques notes introductives : Marcelle .D. GNEPOA

Cette contribution, s’inscrivant dans la sociologie de la littérature, porte sur la littérature populaire en côte d’ivoire. Il s’agit de l’analyse d’un corpus de textes qui fait l’objet de réticences de la part de la critique érudite mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur au vu de sa réception par le public. Plus précisément, dans le champ littéraire ivoirien, les œuvres dont le statut est mis à mal par l’institution littéraire ont un succès impressionnant. Ce succès permet de redéfinir la frontière entre « Littérature savante» et « Littérature populaire ». L’objectif est donc de montrer l’évolution de la littérature populaire dans l’espace littéraire ivoirien et de déterminer comment la réception du public force la ligne de démarcation entre « littérature savante » et « littérature populaire ».

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Les classes passerelles: une offre alternative d’education pertinente en cote d’ivoire : KONE Moussa

Les classes passerelles initiées par les ONG Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC) et Ecole Pour Tous (EPT) avec leurs partenaires en 2006-2007 sont une stratégie de scolarisation accélérée pour les enfants de 9 à 13 ans non scolarisés. Elles s’inscrivent dans le cadre des offres alternatives d’éducation en Côte d’Ivoire. L’étude décrit deux types de classes passerelles qui sont les modèles EPT et NRC. Elle les présente comme une seconde chance de scolarisation pour les enfants restés en marge du système scolaire conventionnel. Elle montre également la pertinence des facteurs organisationnels et pédagogiques dudit dispositif pour la scolarisation primaire universelle (SPU) dans un contexte de déficit d’offre éducative en Côte d’Ivoire.

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Le souterrain : un lieu de rencontre entre verne et zola : Ahoutou Escoffier-Ulrich KOUASSI

Même s’ils ne sont pas les premiers à évoquer le monde souterrain comme décor de leurs fictions, Jules Verne et Émile Zola en donnent des formes les plus diverses et des images les plus puissantes, respectivement dans Voyage au centre de la terre etdans Germinal. L’hypothèse est que ce topos important pourrait constituer aussi bien un moyen privilégié de leur rapprochement qu’une occasion d’accès à leurs univers intimes. Avec la critique génétique comme méthode d’analyse, cette contribution compare ces deux romanciers français que la doxa scolaire range pourtant dans des sphères incompatibles.

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Temps mythique, image et « contre-image » dans le recit de voyage : le paradis français de maurice bandaman : Jérôme Yao KOUASSI

La présente réflexion sur le thème « temps mythique, image et « contre-image » dans le récit de voyage : Le paradis français de Maurice Bandaman » a pour objet d’étudier les mécanismes de représentation du temps de l’autre dans ce récit de voyage et de proposer une lecture d’une telle figuration. Dans cette double perspective, en présupposant que le temps, dans ce récit, jouit d’un statut sémiologique, nous mettons en œuvre une méthode d’analyse d’inspiration à la fois sémiotique et structurale afin de découvrir les signifiés des signifiants temporels du récit de Bandaman, en relation avec Le Roman d’un spahi de Pierre Loti. La recension et l’analyse des indications temporelles pertinentes auxquelles nous a conduit notre démarche, nous a permis de découvrir que Le paradis français, en mythifiant le temps européen, condamne cet espace et cette culture autres, en leur faisant assumer la fonction négative de chaos, ou de variante de lieux infernaux. A l’inverse, l’espace d’appartenance du narrateur et sa collectivité sont implicitement tenus pour un cosmos harmonieux, contrairement aux allégations des récits du genre de celui de Loti. D’où la notion de contre-image.

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Les corporeites du griot-parlant dans l’œuvre romanesque d’ahmadou kourouma : une poetique de la performance orale : KONE Diakaridia

Ancrée dans la tradition depuis l’Afrique noire précoloniale, la figure du griot marque fortement la production des romanciers originaires de l’aire culturelle mandingue. Ce personnage charismatique, véritable virtuose dans les cours royales ou dans les espaces publics, se singularise grâce à une excellente maîtrise de l’art oratoire et de la voix. Cette corde vocale, partie intégrante du personnage, nécessite une totale implication de l’ensemble du dispositif corporel. Le griot romanesque d’Ahmadou Kourouma tente de jouer, dans la narration, avec les codes liés à certaines parties de son corps. Sa voix prend alors « corps » à même le silence de la narration tandis que le reste de son corps, par sa plastique, sa prestance et ses gestes, s’y fait voix. La conséquence directe en est que la matérialité du corps dans la performance artistique de l’homme à/de la parole dans l’écriture apparaît comme un indice identitaire.

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DE L’IMPLEMENTATION D’UNE COHESION SOCIALE EN TEMPS DE CRISE. QUELQUES INTERROGATIONS SUR « LA SOCIETE CIVILE IVOIRIENNE » : David K. N’GORAN

S’il fallait prendre la mesure de la crise ivoirienne à l’aune des voix qui lui confèrent son statut de « dicible, narrable et opinable », on dirait que les principales voix autorisées, sans doute, du fait de leur caractère fortement audible, sont celles des politiques. Or, les seules voix politiques ne peuvent être porteuses de solutions, tout simplement parce qu’elles sont des voix convenues dont la fonction paraît être davantage d’intérêts partisans et non d’une logique d’intérêt général. Et c’est justement là où le cercle vertueux est rompu entre solidarité sociale et conscience collective, pour dire les choses en termes durkheimiens, que nous sommes autorisés à parler de crise en contexte ivoirien. D’où les questionnements suivants, sommes toutes simplistes, mais fondamentaux, qui consistent à savoir pour quelles raisons disons-nous unanimement que la société ivoirienne est en crise ? Si cette crise est celle des élites politiques, quel type de relais ou d’alternative la société civile ivoirienne pourrait-elle proposer en vue de sauver la société ? Ce qui suppose que nous nous entendions sur le concept de « société civile ivoirienne » et sur la manière dont ses acteurs devraient exercer cette fonction selon la configuration de la société ivoirienne actuelle. Aussi, s’agit-il d’esquisser réponses à ces interrogations à partir d’une démarche tripartite.

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Ecritures africaines de soi et enjeux discursifs dans le champ littéraire africain : Christophe KOUAME

A partir de la théorie sociologique de Pierre Bourdieu, l’Afrique en tant qu’objet, et même sujet de littérature se prête à relecture. Redéfinie en tant que « champ littéraire », la littérature africaine tient sa vie de l’existence d’un ensemble de propriétés atypiques et spécifiques. Ainsi, l’analyse de son discours à l’aune des « écritures africaines de soi » permet de voir une bifurcation des enjeux d’écriture. Le champ littéraire africain suivant le prétexte des « écritures africains de soi » se polarise en deux « camps » aux enjeux (presque) contradictoires. En face des « aînés », précurseurs et défenseurs de l’identité africaine et ses avatars, se trouve l’activité subversive des jeunes « cadets », en quête de reconnaissance. Entre les deux groupes d’acteurs s’engage la symbolique d’une lutte pour le « monopole du mode de production culturelle légitime ». Dès lors, se perçoit une nouvelle configuration discursive aux antipodes de l’identité africaine ; favorisant du coup l’autonomie du champ littéraire africain au niveau discursif dont l’histoire littéraire contribue à sa saisie.

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