DE L’IMPLEMENTATION D’UNE COHESION SOCIALE EN TEMPS DE CRISE. QUELQUES INTERROGATIONS SUR « LA SOCIETE CIVILE IVOIRIENNE » : David K. N’GORAN

DE L’IMPLEMENTATION D’UNE COHESION SOCIALE EN TEMPS DE CRISE. QUELQUES INTERROGATIONS SUR « LA SOCIETE CIVILE IVOIRIENNE ».

David K. N’GORAN
Maître de Conférences, Université Félix Houphouët-Boigny
Docteur ès Lettres (option : Littérature comparée)
Diplômé de Science Politique

INTRODUCTION

S’il fallait prendre la mesure de la crise ivoirienne à l’aune des voix qui lui confèrent son statut de « dicible, narrable et opinable », on dirait que les principales voix autorisées, sans doute, du fait de leur caractère fortement audible, sont celles des politiques. Or, les seules voix politiques ne peuvent être porteuses de solutions, tout simplement parce qu’elles sont des voix convenues dont la fonction paraît être davantage d’intérêts partisans et non d’une logique d’intérêt général. Et c’est justement là où le cercle vertueux est rompu entre solidarité sociale et conscience collective, pour dire les choses en termes durkheimiens, que nous sommes autorisés à parler de crise en contexte ivoirien. D’où les questionnements suivants, sommes toutes simplistes, mais fondamentaux, qui consistent à savoir pour quelles raisons disons-nous unanimement que la société ivoirienne est en crise ? Si cette crise est celle des élites politiques, quel type de relais ou d’alternative la société civile ivoirienne pourrait-elle proposer en vue de sauver la société ? Ce qui suppose que nous nous entendions sur le concept de « société civile ivoirienne » et sur la manière dont ses acteurs devraient exercer cette fonction selon la configuration de la société ivoirienne actuelle. Aussi, s’agit-il d’esquisser réponses à ces interrogations à partir d’une démarche tripartite.

D’abord, il sera question d’élucider le concept de « cohésion sociale », afin d’entrainer un consensus minimum sur ses acceptions possibles. Ensuite, nous convoquerons quelques indicateurs qui permettent de dire pourquoi l’état actuel de la cohésion sociale dans notre pays induit une crise de la société ivoirienne. Enfin, en amont de toute implémentation d’un programme d’intégration sociale ou de solidarité sociale, nous établirons, à partir de quelles modalités, l’on pourrait être fondé à aborder la problématique de la légitimité ou non d’une « société civile ivoirienne » à partir d’un ensemble de données empiriques.

  1. A PROPOS DE « COHESION SOCIALE » : DU MOT A LA CHOSE.

La grille épistémologique qui servira ici est celle d’Emile Durkheim, le père du « holisme sociologique »[1], l’autre nom de la démarche sociologique explicative, telle qu’elle permet d’étudier les croyances et les modes de conduite institués par la collectivité. Durkheim situe la cohésion sociale à partir de trois liens : les liens marchands, les liens politiques et les liens communautaires. Selon Durkheim, les liens marchands, du fait des contrats ou des conventions, ainsi que l’intérêt de l’échange de biens et services qu’ils induisent, constituent une cohésion sociale. Quant aux liens politiques, ils apparaitraient comme des règles propres aux institutions créées afin d'établir une certaine légitimité. C'est, d’une part, l'utilité de prendre certaines décisions négociées par un groupe légitime qui implique cette cohésion sociale, et, d’autre part, la confiance que les acteurs sociaux ou les groupes constitués placent en ces institutions sociales qui créent une cohésion sociale. Les liens communautaires ou sociétaires, seraient, à leur tour, des liens, de type différenciation et interdépendance, s'établissant entre les membres de la société (si on prend pour repère les sociétés dites à solidarité organique), et dont les caractéristiques d’intensité ou non, peuvent suffire à révéler une cohésion sociale source de solidarité.

Dans tous les cas, les notions de « solidarité » et de « liens sociaux » semblent être des déterminants majeurs dans toutes les approches définitionnelles du concept. Dès lors, Durkheim qui en propose la conceptualisation, dit de la cohésion sociale qu’elle est « l’état de bon fonctionnement de la société où s’exprime la solidarité entre individus et la conscience collective »[2].

Surtout, on constate que la cohésion sociale occupe une place de choix dans la mise sur agenda des politiques publiques. Depuis les années 1980, elle fait partie intégrante des politiques nationales des pays européens, mais également des politiques communautaires de la Commission européenne, par exemple, qui en a fait un des objectifs principaux de « la stratégie de Lisbonne » sur la période de 2000 à 2010. Le Conseil de l’Europe aussi en a fait tout un programme de gouvernance, avec ses organisations non gouvernementales qui en constituent le « quatrième pilier »[3].

Dans l’ensemble, retenons que la cohésion sociale suppose un lien entre le bien être de tous et la coresponsabilité des acteurs sociaux, ainsi que la confiance horizontale (entraide, relations interpersonnelles) qui facilitent l’investissement dans la vie publique et, peut-être aussi la confiance verticale au sens où elle pourrait susciter des engagements militants.

  1. LA COHESION SOCIALE EN COTE D’IVOIRE : UN ETAT DES LIEUX

Pour prendre la mesure de la cohésion sociale en Côte d’Ivoire, deux raisons nous autorisent à retenir comme repère le pic de la crise en 2010-2011. La première tient de la dimension multiforme de cette crise (elle est à la fois politique, sociale et armée). La seconde raison relève de ce que la crise, en général, permet de mesurer la façon dont une société évacue ses tensions, et résout ses contradictions, soit par la logique du bouc émissaire, c’est-à-dire, la violence populaire (comme cette façon de brûler les sorcières ou de lyncher les voleurs de moutons), soit par la confiance verticale, c’est-à-dire, la confiance placée dans les institutions et leur capacité à jouer leur rôle de régulation de la vie sociale.

Nous nous autorisons ici un bricolage théorique qui permet de convoquer tout à la fois, l’imaginaire du romancier postcolonial suivant le paradigme de « la bête sauvage »[4], et la pensée politique de Hannah Arendt[5], une des meilleures spécialistes du mal politique, elle-même, empruntant ses théories à Emmanuel Kant, lequel pense les liens sociaux en termes de « sensus communis » et « sensus privatus »[6].

En somme, ce bricolage favorise une saisie les liens relâchés ou déstructurés de nos rapports sociaux en ces périodes tels qu’ils perdurent même aujourd’hui, d’une façon qui brouille notre faculté de distinguer le « bien » du « mal » et « l’humain » de « l’inhumain ». De la sorte, les sujets vivant en ce contexte, qu’ils soient victimes ou victimaires, sont gagnés par « la perte de soi » à travers trois procédés : l’anéantissement de la personne juridique, le meurtre de la personne morale et la destruction de l’individualité psychique.

Premièrement, par l’anéantissement de la personne juridique, il s’agit de désigner la mise hors-la-loi du sujet, dépourvu de droit. Ainsi, à l’occasion de notre crise, bien qu’elle soit vivante, la victime n’est pas un sujet de droit au sens normatif du terme tant qu’elle est placée dans un registre qui en fait un « être-pour- la mort ». Soumise au pouvoir absolu d’un « Autre », peut-être de la horde de militants du camp adverse, ou de la soldatesque au service du parti, ou même des miliciens enrôlés à tour de bras, ou encore de tout autre bourreau, affidé aux protagonistes, ayant le pouvoir, comme dit Achille Mbembe faisant allusion au totalitarisme colonial,

De l’assujettir, le molester, le placer en détention, l’obliger à des corvées (…) le recruter comme chair à canon. (…), le pousser, le bousculer, le coucher sur le flanc ou sur le dos, l’abreuver de coups de chicotte, l’épuiser, le pendre sur la place publique, le tuer à coups de crosse et de baïonnette, ravager ses entrailles, abandonner son cadavre sur le bord de la route, exposé aux vautours et charognards.257

Deuxièmement, par le meurtre de la personne morale, il convient de faire allusion à la façon dont tous les choix individuels, ainsi que toutes les décisions conscientes relatives au bien et au mal sont rendus impossibles. Mais dans notre cadre, contrairement à ce qu’en dit Hannah Arendt, relativement aux victimes des camps de concentration, ce sont les bourreaux qui subissent cette dimension de la perte du moi. Les mythes du héros de guerre, tels qu’ils émergent dans l’ouest ivoirien, notamment dans les zones forestières de Man, Taï, Danané, Guiglo et Duékoué, et dont les référents sont attribués aux mercenaires libériens et burkinabés, ou aux « miliciens guérés », avant de gagner le cœur de la capitale avec la bataille d’Abidjan, donnent leur sens à ce présupposé. C’est que l’imagination populaire appelle « héros de guerre », ce type de personnage dont la cruauté, le goût du sang et du meurtre restent de notoriété publique, pour s’être affranchi de tout sentiment humain, de toute morale sociale et de toute distinction du bien et du mal. En contexte de guerre, le personnage ainsi désigné « héros » (enfant-soldat, mercenaire, milicien ou soldat régulier) pour son aptitude à reproduire la geste de l’animal ou de l’inhumain, subit la dialectique qui finit par le projeter au rang de « anti-héros ».

La crise ivoirienne nous en donne des modèles tels le Sierra Leonais Sam Bockarie dit « Mosquito »[7], le Libérien Isaac Chégbo appelé « Bob Marley »[8], le « jeune patriote » Magui Sylvère dit « Magui le tocard »[9], et le Burkinabé Amadé Ouéremi, seigneur de guerre dans l’ouest forestier, notamment sur le mont Peko[10].

Troisièmement, la destruction de l’individualité psychique. Ici, victimes et victimaires finissent par être privés du monde et ne peuvent être décrits que par l’allégorie de « la désolation » voire du « désert », tant les conditions désertiques d’existence font d’eux des incarnations du vide absolu, des êtres « superflus » pour l’économie sociale et relationnelle, des espèces d’« animal-homme », ayant perdu tout sens de la vie communautaire.

Alexis Dieth résume superbement la situation ivoirienne par cette observation suivant une nette allusion au « mal radical » kantien :

La quasi-absence d’indignation morale collective et individuelle, d’unanimité dans la révolte morale devant le scandale du meurtre trahit la banalisation du crime dans une culture de violence. Le Bété et l’Ebrié qui ont tué des Dioulas et des Burkinabés, le Dioula qui a tué des Ebriés et des Bétés ne consentent pas au châtiment pénal parce qu’ils n’estiment pas avoir commis des crimes. L’Attié qui a tué des Baoulés, le Baoulé qui a tué des Attiés, l’Abbey qui a assassiné des Dioulas, le Dioula qui a assassiné des Abbey, n’acceptent pas qu’on puisse les poursuivre pénalement parce qu’ils n’ont pas un sentiment de commune appartenance avec leurs victimes. Le Guéré qui a massacré des Yacoubas, le Yacouba qui a massacré des Guérés ne consentent pas au châtiment pénal parce qu’ils n’estiment pas avoir massacré des êtres humains également dignes de respect et de considération (…) La panoplie de noms d’animaux et d’objets vils par lesquels les criminels désignent leurs victimes partout où des massacres de masses ont eu cours prouvent que les auteurs des crimes n’ont pas le sentiment d’avoir eu affaire à des êtres humains[11].

De même, ces bourreaux eux-mêmes, sont tout aussi « convaincus de leur propre superfluité que de celles des autres, qu’ils se moquent d’eux-mêmes vivants ou morts de n’avoir jamais vécu ou de n’être jamais nés »[12].

Sans prétendre à l’exhaustivité, ce bref aperçu de nos rapports sociaux en période de violence militaro-politique atteste, non seulement, d’une cohésion sociale en crise aigüe, mais aussi et surtout, de la nécessité d’une politique de solidarité efficace dont l’implémentation ne saurait être l’affaire des seuls politiques, mais plutôt celle de ce qui se nomme « société civile », en tant qu’alternative de la « société politique ».

  1. POUR L’IMPLEMENTATION D’UNE SOCIETE SOLIDAIRE ET INTEGREE : UNE AFFAIRE DE LA SOCIETE CIVILE IVOIRIENNE

Le concept de « société civile » a une histoire assez longue sur laquelle il n’est pas utile de revenir puisqu’elle remonte aux philosophes libéraux du XVIIIe siècle qui l’ont conçu dans un sens différent (au sens de société marchande) de ce qui est entendu aujourd’hui.

Ainsi, au sens contemporain, « le terme est utilisé pour désigner tous les groupes, les acteurs et les institutions qui s’organisent et interviennent hors de l’Etat et/ou entendent rester hors du champ de la compétition politique »[13]. Il ya donc comme un clivage dans la société, composée d’une part, d’acteurs ayant des intérêts politiques communs, en tant que « professionnels de la politique » tel que l’a entendu Max Weber, et d’autre part, de ceux qui ne sont pas intéressés par un mandat public ou électif, et qui se distinguent par leur autonomie de pensée, de critique et d’action. Dès lors, ces derniers entendent s’organiser pour participer ou influencer les systèmes de décisions collectives. La société civile renvoie donc en particulier au secteur associatif, aux organisations non gouvernementales, aux organisations religieuses, aux organisations professionnelles, aux organisations intellectuelles (Universités, Think tanks), les médias et les syndicats dans un sens plus relâché.

En Côte d’Ivoire, on dénombre toute une pléthore d’organisations se réclamant d’une telle mission. Celles qui ont adhéré à la convention de la société civile ivoirienne en sa charte du 15 février 2008 et prétendant « représenter le peuple ivoirien » sont au nombre de 132 structures[14]. Les acteurs qui les dirigent sont supposés être non politiques et crédités d'une professionnalisation en divers domaines du savoir et du savoir-faire (droit de l'homme, égalité des genres, collectivité territoriale, lutte contre la pauvreté, environnement, culture, éducation, solidarité sociale, diversité et interculturalité, etc.).

De même, leurs modes d’interventions dans le débat public, sont supposés relever, également, de « répertoires d’actions collectives » opposés à l’émeute, à la révolution ou à la révolte, c’est-à-dire, de procédés radicalement opposés à la logique de contestation de la foule.

Dès lors, quel type de représentation la société civile ivoirienne renvoie-t-elle à l’observation en notre contexte de crise, et qui serait susceptible de la créditer d’une légitimité d’alternative à la société politique ?

Une enquête qu’initie la banque mondiale sur la question, à partir d’une méthode quantitative (un échantillon de 920 enquêtés), complétée par une autre, qualitative (380 personnes de différentes catégories – élus centraux, élus locaux, fonctionnaires de l’administration centrale et décentralisée, etc.), et intéressée par la période 2010-2012 donne les tendances suivantes :

Le niveau de confiance et d’appréciation vis-à-vis de la société civile est très limité, voire tout aussi faible que la méfiance exprimée vis-à-vis des institutions de l’Etat comme la Présidence, la Primature, le Parlement, et les Ministères, en vue de résoudre les problèmes de gouvernance et de cohésion sociale que vit le pays.

Ainsi, en 2010, des fonctionnaires/élus signalaient comme problèmes caractérisant « la société civile » la faible crédibilité (81,3%), la faible culture citoyenne (76,6%), le manque de capacités et compétences du leadership (83,9%); le manque de ressources économiques propres (75,5%) et (dans un peu moins de cas, 64,5%) l’implication dans le conflit ; Près de 2 citoyens sur 5 considèrent (2010) que les organisations de la société civile peu crédibles dans la lutte contre la corruption.

En 2012, à peu près le même pourcentage des enquêtés (notamment parmi les fonctionnaires), même si ils reconnaissent l’importance de la société civile, gardent une certaine méfiance vis-à-vis d’elle, du fait de ce qui est considéré comme « la politisation » de plusieurs structures et une « vraie nature d’entreprise » pour d’autres.

De plus, les Organisations de la société civile, dans leur ensemble, ne disposeraient pas des capacités nécessaires pour jouer leur rôle de contrôle social et de contre pouvoir.

Enfin, les représentants mêmes de la société civile ont souligné (en 2010 comme en 2012) de nombreuses faiblesses concernant, surtout la carence de capacités et compétences des leaders (entre autres dans le dialogue institutionnel et dans le plaidoyer) et le manque de ressources économiques.

Ce qui entraine, à notre avis, plusieurs problèmes théoriques et structurels de la notion même de « société civile », ainsi que de son action concrète sur un « terrain » à la fois africain et « ivoirien » en temps de crise, qui méritent d’être résolus afin de pouvoir redéfinir l’idée même de « nation ivoirienne » et sa représentativité sur la scène mondiale. L’on pourrait les répertorier comme suit :

  • La question de l’ « autonomie » au sens bourdieusien des structures dites de la société civile vis-à-vis du champ politique.
  • La problématique de ce qu’Agrikolianski[15] a appelé « la vocation à la morale » ou au « don de soi » des leaders et militants des organisations de la société civile.
  • La frontière entre l’engagement associatif et la carrière politique des leaders des organisations de la société civile dont on peut suspecter la posture d’être en attente d’une possible reconversion en politique.
  • Le mode de financement très extraverti de ces organisations, dont la source vient de structures étrangères (l’UE par exemple). Ce qui finit par faire des acteurs d’organisation de la société civile des entrepreneurs économiques.
  • La professionnalisation même de ces structures de façon à ce que ceci conduise à leur politisation par des décideurs dont la prise de décision devra intégrer désormais les thématiques dites « post-matérialistes » (citoyenneté, civisme, solidarité, égalité, etc.)

CONCLUSION

Cette réflexion a situé sur le même axe paradigmatique deux notions centrales que sont « société civile » et « cohésion sociale » en les actualisant selon le contexte de la crise ivoirienne. La problématique a consisté à jauger, non seulement, la recevabilité théorique des organisations se réclamant d’une telle désignation, mais également la pertinence de leurs actions sur « le terrain ». L’impensé d’un tel questionnement étant de présumer de la légitimité ou non d’une « société civile ivoirienne » engagée dans une concurrence symbolique avec la société politique pour une formulation idéale des affaires publiques suivant le vocabulaire de l’ « alternance » qu’affectionnent les régimes démocratiques.

Dès lors, il est apparu que le postulat de l’intérêt général oblige les organisations de la société civile à influencer les thématiques des politiques publiques pour une mise sur agenda qui tienne compte des paramètres de confiance verticale et horizontale entre gouvernés, gouvernants et institutions. Il est apparu également, selon « le terrain ivoirien » qu’en amont de la gestion de chose publique réside une imagination sociale empruntée au « mal politique » qui finit par rendre tout programme cohésion sociale problématique.

En dernier ressort, toute implémentation efficace d’un programme de cette nature devrait au préalable résoudre la question de la représentativité des organisations se réclamant de la société civile à partir d’un répertoire qui partirait de l’autonomie à la vocation et à la professionnalisation.

BIBLIOGRAPHIE

Agrikolianski, Eric, Fillieule, Olivier, Sommier, Isabelle, (dir), Penser les mouvements sociaux, Conflis sociaux et contestations dans les sociétés contemporaine, Paris, La découverte, 2010.

Arendt, Annah, Le système totalitaire, Paris, Seuil, 1972.

Durkheim, Emile, De la division du travail social, (1893), Paris, PUF, 2007

Habermas, Jünger, L'espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, 1962.

Juhem, Philippe. « Entreprendre en politique. De l’extrême gauche au PS : La professionnalisation politique des fondateurs de SOS-Racisme », http://www.cairn.info.

Kant, Emmanuel, Anthropologie du point de vue pragmatique (1797), Vrin, 1991.

Neveu, Erik, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La découverte, 1996.N’goran, David K, Les enfants de la lutte. Chroniques d’une imagination politique à Abidjan, Paris, Publibook, 2012.

Mayer, Nonna, Sociologie des comportements politiques, Paris, A. Colin, 2010.

Offerlé, Michel, Sociologie des groupes d’intérêt, Paris, Montchrestien, 1998.

  1. L'individualisme méthodologique est un paradigme de sciences sociales, selon lequel les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et compris à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles (démarche compréhensive). Cette approche s'oppose au holisme, selon lequel les propriétés des individus ne se comprennent pas sans faire appel aux propriétés de l'ensemble auquel ils appartiennent. Max Weber et Raymond Boudon en sont les inspirateurs dans les sciences sociales.

  2. Voir Durkheim, Emile, De la division du travail social, (1893), Paris, PUF, 2007, p. 133

  3. Allusion est faite ici aux organisations internationales non gouvernementales (OING) ayant un pouvoir participatif depuis le Congrès de Varsovie en 2005, à côté du Comité des ministres, de l'Assemblée parlementaire, et du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. Pour plus de détails, voir N’GORAN, David Koffi, Représentations et construction d’une posture élitaire au sein des organisations internationales non gouvernementales du Conseil de l’Europe, Mémoire de Master2 de Science politique : option : sociologie politique des élites et des institutions, Strasbourg, 2011, voir http://m2ssp.hypotheses.org/

  4. En référence à Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Seuil, 1999.

  5. Arendt, Annah, Le système totalitaire, Paris, Seuil, 1972.

  6. L'équivalent de ce principe d'humanité, en étant fondamentalement de l'ordre de la sociabilité, se nomme chez Kant « sensus communis », ce qui renvoie à ce qu'il faut attendre de l'homme en tant que sujet de communauté. Il s'oppose au « sensus privatus ».Voir Anthropologie du point de vue pragmatique (1797), Vrin, 1991, p. 84-85.

  7. Sam Bockarie fut une des figures centrales du Revolutionary United front (Ruf) du chef rebelle sierra léonais Foday Sankoh, un autre héros de guerre, appelé « Okuruba » [le guerrier]. Le sobriquet « mosquito » [moustique] de Sam servait, tout à la fois, à faire cas de sa stature filiforme et de son goût prononcé pour le sang. « Mosquito » fut l’invité spécial de Félix Doh, chef rebelle ivoirien du MPIGO (Mouvement populaire ivoirien du grand ouest) à la frontière ivoiro-libérienne où il importa sa campagne de terreur « « manche longue, manche courte », déjà expérimentée en Sierra Leone où les populations se virent amputer le poignée ou l’avant bras selon leurs propres choix afin qu’elles ne puissent pas voter.

  8. Isaac Chégbo connu par son surnom « Bob Marley » à cause de ses tresses, est également un pur produit des quatorze années de guerre civile du Liberia. « Chien de guerre » de son état, Chégbo vint prêter ses services aux belligérants ivoiriens qui le rétribuèrent à prix d’or. A cette occasion, Isaac Chégbo a su faire parler de lui dans les termes qui défient la raison humaine, parce que s’étant distingué par toutes sortes d’atrocités sur les populations civiles.

  9. Biégnand Magui Sylvère, dit « Magui le Tocard », « jeune patriote » de son état, a été rendu célèbre par la bataille de Yopougon. Décédé brutalement le 4 juillet 2011, il fut le chef de file de ce qu’ils appelèrent eux-mêmes « le nettoyage de Yopougon », lieu de massacres et de tueries d’une nature plus que bestiale, avec son lot de personnes égorgées ou brûlées vives, des groupes constitués décimés à domicile, de femmes ethniquement marquées violées, des mosquées et des habitations incendiées. Magui avait sous ses ordres plus de 900 jeunes désœuvrés dressés comme miliciens de circonstances exerçant droit de vie et de mort sur leurs concitoyens.

  10. Amadé Ouéremi est également une figure-symbole de cette perte de la personne morale. On dit de lui qu’il a grandi dans l’ouest ivoirien avec ses parents, venus du Burkina Faso à la recherche de terres fertiles. Marqué par une violence au berceau, Amadé a pu se tailler très tôt une réputation de « coupeur de route », c’est-à-dire, de brigand qui rançonne ou assassine les voyageurs. À force de métier, de succès et de cruauté, Amadé Ouéremi est parvenu au stade de seigneur de guerre du mont Péko où il établi son quartier général avec son commando de plus 300 hommes armés et équipés. De là, avec ses hommes, il s’imposa comme un héros de guerre sanguinaire, d’un froid de monstre, un des plus craints de l’ouest forestier, tant l’évocation de son seul nom, semble-t-il, faisait frémir les paysans. Il lui est attribué les massacres de Duékoué, notamment les exécutions de huit cent (800) personnes du triste « quartier carrefour », que dénonçait en juin 2011 la fédération internationale des droits de l’homme.

  11. Dieth, Alexis, « Le châtiment pénal, besoin vital de l’âme humaine et l’obligation sacrée envers Autrui », www.connectionivoirienne.net, consulté le 09/07/011, à 11 h 55.

  12. Voir, Arendt, Hannah, Le système totalitaire, Op.Cit., p. 201

  13. Lexique de science politique. Vie et institutions politiques, Dalloz, 2011, p. 526.

  14. Citons entre autres, l’APDH, le Club UA-CI, la LIDHO, le MIDH, le CEFCI et  d’autres organisations de la société civile qui ont spontanément adhéré à cette initiative. Il s’agit de : ADJL-CI, CIDDH, CSCI, FOSCAO-CI, OFACI, RIDDEF, TRANSPARENCY JUSTICE, SOS EXCLUSION, RAIDH, COSOPCI, ONEF, IPSDH, COFEMCI-REPC, OMA, PLADOOO-CI, CICPI, RASALAO-CI, SOPCI, AMNESTY-CI.

  15. Agrikolianski, Eric, « Carrières militantes et vocation à la morale : les militants de la ligue des droits de l’homme dans les années 1980, In Revue française de Science politique n°1-2, Volume 51, 2001, pp. 27-46

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