Ecritures africaines de soi et enjeux discursifs dans le champ littéraire africain : Christophe KOUAME

ECRITURES AFRICAINES DE SOI ET ENJEUX DISCURSIFS DANS LE CHAMP LITTERAIRE AFRICAIN

Christophe KOUAME
Doctorant
(Option : Littérature comparée)
Université Félix Houphouët Boigny Abidjan-Cocody

Résumé : A partir de la théorie sociologique de Pierre Bourdieu, l’Afrique en tant qu’objet, et même sujet de littérature se prête à relecture. Redéfinie en tant que « champ littéraire », la littérature africaine tient sa vie de l’existence d’un ensemble de propriétés atypiques et spécifiques. Ainsi, l’analyse de son discours à l’aune des « écritures africaines de soi » permet de voir une bifurcation des enjeux d’écriture. Le champ littéraire africain suivant le prétexte des « écritures africains de soi » se polarise en deux « camps » aux enjeux (presque) contradictoires. En face des « aînés », précurseurs et défenseurs de l’identité africaine et ses avatars, se trouve l’activité subversive des jeunes « cadets », en quête de reconnaissance. Entre les deux groupes d’acteurs s’engage la symbolique d’une lutte pour le « monopole du mode de production culturelle légitime ». Dès lors, se perçoit une nouvelle configuration discursive aux antipodes de l’identité africaine ; favorisant du coup l’autonomie du champ littéraire africain au niveau discursif dont l’histoire littéraire contribue à sa saisie.

Mots clés : champ littéraire – écritures africaines de soi – enjeux discursifs – autonomie discursive – histoire littéraire.

Abstract.A part of sociologique of Pierre Bourdieu theory, Africa as an object and even the subject of literatureisready to review. Redefined as a « fieldliterary », Africanliteratureholdshis life of the existence of a unique set of prosperties and specifics. Thus, the analysisof his speech wasagainst the « Africanwritings of course »allows to seea bifurcation of the challenges of writing. The Africanliteraryfieldaccording to the pretext of the « Africanwritings of cours » ispolarizingintotwo « camps » to issues (almost) contradictoures. In front of the « elders »,precursors and defendants of Africanidentity andits avatars, is the subversive activity of the young « cadets », in search of recognition.Between the two groups of actors engages the symbolism of a struggle for the « monopoly of the mode ofproduction cultural self-defence ».Therefore to perceive a new identitydirscusive the antithesis of Africanidentity ;favoringso the autonomy of the Africanliteraryfieldat the dircusiflevelwhichcontributes the literaryhistory has its cernure.

Keyswords : literaryfield – Africanwriting self – discursive issues – discursive autonomy – literaryhistory.

Introduction

Le but général de cette communication est de procéder à une analyse discursive et historique de cet espace de production, de luttes et de jeux qu’il est « convenu maintenant d’appeler le champ littéraire africain. » Ce qui implique d’une part le postulat d’une « autre » histoire littéraire à rebours des méthodes existantes, et d’autre part l’analyse des différents pôles discursifs observables à travers le champ. En termes plus clairs, il s’agira, tout en proposant l’actualisation de l’histoire littéraire africaine suivant la méthode sociologique de Pierre Bourdieu[1], d’analyser lesmodalités des « écritures africaines de soi », devant permettre la cernure des enjeux discursifs, ainsi que des points de chocs, de sutures et de ruptures lisibles à travers le champ.

Dès lors, la notion « écriture de soi », comportant l’adjectif déterminatif « africaine », le tout formant l’expression « écritures africaines de soi » demande unréajustementdéfinitionnel, mieux une contextualisation.En effet, loin de désigner « un récit de sa propre vie », selon la conception de Philippe Lejeune[2] ou encore une« fiction, d’événements et de faits strictement réels[3]», dans la visée de Serge Doubrovski, le concept serait défini comme un genre discursif incluant l’écriture autobiographique et « autofictionnelle » et leursdifférentes formes (journal intime, récit de vie, confession, etc.) Il traduit de ce fait le rapport de l’écrivain africain, en tant que sujet de l’écriture à son objet d’une partet à sa société d’autre part. Vu sous cet angle, en permettant de (re)parcourir l’histoire littéraire, « les écritures africaines de soi » laissent entrevoir l’évolution discursivedu champ et ses variations. En face des précurseurs, « défenseurs » de l’image du noir et détenteurs du capital spécifique se trouveraient les activités séditieuses des tenants actuels en quête de transformation des enjeux initiaux du champ. Ceux-ci sont liés de part et d’autre par un conflit de définition : « la lutte pour le monopole du mode de production culturelle légitime [4]» dont l’identité constituerait l’illusio[5].

Comment cette mutation s’est-elle opérée ? Comment le discours littéraire africain est-il passéen l’espace d’un siècle environ de « l’africanité à la transculturalité [6]» ? Mieux, comment serions-nous passés de la défense et l’illustration de l’identité africaine à l’affirmation de l’identité littéraire ? Quels enjeux cette transition charrie-t-elle ? En revanche, comment peut-on « réécrire » l’histoire littéraire suivant l’allégation des « écritures africaines soi » ?

Nous apporterons réponse à ces préoccupations sous l’auspice de deux hypothèses : d’abordl’histoire littéraire africaine pourrait être actualisée à l’aune des « écritures africaines de soi » ; puis, on peut anticiper et postuler que la littérature africaine contemporaine connait une variation de ses enjeux d’écriture ; le « mythe » collectiviste d’antan serait relayé par une écriture individualiste. Le sujet-écrivain d’aujourd’hui revendiquerait moins une identification africaine qu’un statutd’écrivain« tout court ». L’abandondes lois canoniques des « anciens » par les « jeunes » deviendrait ainsi,d’une part, une stratégie de positionnement, mieux de reconnaissance, et d’autre part, un facteur d’autonomisation du champ littéraire.

  1. La théorie des « champs symboliques » et la réécriture de l’histoire littéraire africaine.
  • Les motifs

Aussi importantes soient-elles, les études historiographiques littéraires africaines, de par leur observation générale, laissent découvrir un ensemble de maux ayant en commun une même lésion symptomatique. Elles souffriraient dans leur grand ensemble d’une vétusté méthodologique[7]. En clair, la méthode servant à l’étude de l’histoire littéraire africaine se veut dogmatique et carentielle. Elle est avariée et évasive, ou du moins, c’est ce que nous fait direle critique sénégalais Mohamadou Kane. En effet, il y a de cela quelques décennies,cet exégèteappelait déjà à un renouvellement épistémologique.Il écrivait en substance : « il est singulier que l’histoire littéraire africaine n’ait pas plus souvent retenu l’attention des critiques. (…) Le mal a été consommé bien avant (…). L’habitude s’est instauré de considérer que l’histoire littéraire africaine devait aller de soi. [8]» Poursuivant son analyse, il dénonçait une approche balbutiante et partielle. Il parlait judicieusement de « tâtonnements et visions partielles [9]». Selon Kane, « pour certains critiques [on dira même la majorité[10]], l’histoire littéraire est événementielle, cumulative. Elle ne va pas au-delà de la juxtaposition de faits, d’événements importants dont les rapports semblent aller de soi. [11]»

Si de tels propos ont été dits il y a plus de vingt années en arrière, le constat aujourd’hui, peut-on dire, est le même. La méthode historiographiquechronologique, « cumulative » et « événementielle » subsiste ! L’histoire littéraire africaine est toujours liée aux événements et à la chronologie politique africaine[12]. Elle est, pour ainsi dire, systématiqueavec une forte teneur politique.

Dans l’ombre de grands noms[13] de l’histoire littéraire africaine transparait cette méthode. En soumettantle découpage historique au changement politique du continent, ils postulent le concept de « générations » d’écrivains pour justifier leur choix théorique. Ainsi, nous serions aujourd’hui à la « quatrième génération [14]». Face à une telle conception, on peut judicieusement être tenté de s’interroger sur le rangde la « génération » d’écrivains africains vingt (20), cinquante (50) ans, voire un siècle plus tard. Sur quelle base historico-politique l’historiographie sera-t-elle établie ?Le critique ou précisément l’historien littéraire africain devra-t-il attendre la fin de la « prochaine calamité sur le continent [15]», et que sans doute stigmatiserait l’écrivain, avant d’écrire son ouvrage ?

Nous pourrions reprendre à notre compte ce cri d’alarme de Mohamadou Kane[16]: « l’histoire littéraire africaine doit être réécrite » et surtoutêtre dépolitisée[17]. Dès lors, d’obédience transformative, cette « réécriture » se situe dans le prolongement del’orientation proposée par le critiquesénégalais quand il stipule : « l’histoire littéraire africaine doit être établie en relation étroite avec son contexte d’évolution, avec le courant de civilisation qui l’a engendrée [18]». Mieux, elle doit tenir compte du contexte d’énonciation du discours littéraire ;Bourdieu parle « d’habitus [19]», tandis que Paul Veyne postule le conceptd’« intrigues événementielles[20] ». En un mot, en privilégiant le contexte discursif ou « le processus de socialisation » du sujet-écrivain, l’histoire littéraire peut être « corrigée » et réécrite.

C’est d’ailleurs, dans cette veine correctiveque s’inscrit Bernard Mouralis quand il affirme : « le discours littéraire africain n’était pas seulement un objet existant dans une dimension historique, mais il était aussi, sinon bien plus un objet qui existait dans une dimension spatiale.[21]» Autrement dit, contrairement au dogme connu, la littérature africaine n’est pas fille exclusive des faits sociopolitiques auxquels l’histoire littéraire se serait toujours référée systématiquement, mais bien plus, elle « nait par le fait d’un discours parturient ou d’un effet d’altérité [22]», soutient David Ngoran. En clair, le discours littéraire africain

nait à partir du moment où les écrivains [africains] manifestent la volonté de substituer leur propre discours à celui que l’Occident tenait sur l’Afrique et qu’il s’efforçait d’imposer comme le seul que l’on pût tenir légitiment sur ce continent et ses sociétés.[23]

David N’Goran parle à juste titre de « croisement de discours et renversement de perspectives [24]», là où d’aucuns voientla naissance de la littérature africaine comme un « phénomène accidentel [25]» ou un continuum, une branche connexe du discours colonial français[26]. Pour tout dire, la littérature africaine est issue de la volonté des écrivains africains de parler « au nom de … », selon les mots de Bernard Magnier, en vue de restaurer leur image tronquée à dessein par le discours occidental.

Cependant, au fil des ans, une rupture[27] survenue à l’aube du XXIe siècle donne de voir une nouvelle configuration. Les écrivains africains contemporains, par rapport à leurs ainés, ont une nouvelle manière d’aborder la question identitaire. Le regard porté sur l’Autre devient moins accusateur et plus réflexif. Il se dote d’un foyer réversible permettant d’observer avec la même intensité l’Ailleurs et l’ici africain. Le sujet-écrivain, se récusant le rôle du bedeau, c’est-à-dire le « porte-verge » desa race ou deson continent, écriradésormais pour soi.Refusant le sentiment nationaliste à relent marxiste, il revendique une nouvelle identité ;l’« identité littéraire[28] ». En effet, avec l’écrivain contemporain, la littérature africaine perd son statut utilitaire. Elle n’est plus le canal d’expression des souffrances du peuple,ni un creuset de célébration de l’image du noir, mais à contrario,un moyen d’auto-affirmation. De « l’auto-ethnologie » on passe à l’auto-fictionnalisation[29]. L’écrivain perd sa vocation communautaire et devient individualiste.

  • (Nouveau) projet d’écriture d’histoire littéraire

Au regard de ce qui précède, l’histoire littéraire africaineen prenant ses distances vis-à-vis de la méthode chronologique et évolutionniste, fortement dominée par les faits politiques, devra désormais s’orienter vers l’analyse des zones de chocs et de ruptures du discours littéraire.Ainsi, dans ce projetd’histoire littéraire africaineécrit à l’aune des écritures africaines de soi, le champ littéraire africain présente deux pôles discursifs dont les enjeux seraient influencés en partie par leurs contextes d’énonciation : En face des « anciens », incarnant ici « la position ambiguë des intellectuels conservateurs [30]» dont parlait Bourdieu à propos du champ littéraire du XIXe siècle français, défenseurs de l’identité africaine, occupant le « pôle dominant » se trouvent les jeunes, chercheur d’identité littéraire, moins (re)connus, en quête de transformation du champ, occupant « le pôle dominé ». A l’instar des discours, les formes littéraires sont également variées et contrastives. On pourra économiquement lire le schéma suivant :

ESQUISSE DU CHAMP LITTERAIRE AFRICAIN CONTEMPORAIN A PARTIR DES ECRITURES AFRICAINES DE SOI

  1. Littérature africaine : D’un départ « unipolaire » à une arrivée « multipolaire ».

Du point de vue discursif, il nous suffit de parcourir quelques écrits contemporains pour le dire : la littérature africaine a évolué. Les enjeux d’écriture des auteurs contemporains ne sont plus les mêmes que ceux de la période coloniale ou post-indépendance. La défense des intérêts continentaux, qui unissait les derniers cités, s’est dissoute pour faire place à la création d’une identité littéraire. L’écritured’aujourd’hui diffère de celle destrente, voire quatre-vingt-dix dernières années passées.

En effet, sans vouloir tomber dans ce que Mbembe appelle la « liturgique de victimisation [31]» caractérisant l’interrogation du sujet africain et ses représentations de soi, depuis sa rencontre avec l’Occident, dira-t-on, l’histoire de l’Afrique semble être celle des grandes douleurs, voire de profondes mutations. Après la traite négrière et l’esclavage, la colonisation fait partie intégrante de sa douloureuse histoire. Or, quand nous savons que le réseau sémantique de cette énumération rime avec souffrances, déportations, maltraitances, humiliations, on comprend en substance la volonté manifeste des premiers écrivains à « rechercher » leur identité et leur enthousiasme à la défendre. En clair, à l’issue d’un tel processus, l’Afrique serait pour ainsi dire « étourdie », mutilée, amputée, « vidée d’elle-même », pour emprunter le vocable à Césaire. En plus de sa vie sociopolitique et sa géographie[32] qui ont connu des influences incontestables, sa vie culturelle passée est niée ; toute son histoire est réécrite.

Face à l’entreprise coloniale et à la puissance littéraire occidentale, forte de ses centaines d’années d’expérience, l’écriture devient le seul recours pour mener une lutte. En réaction contre l’injustice coloniale et le déni de l’identité africaine, se forge la Négritude, concept créé par Aimé Césaire et revendiqué par Léopold Sedar Senghor et Léon Gontran Damas, pour « célébrer » le Nègre et revaloriser sa culture : c’est la phase des « contre-littératures » diraNgoran David.

A la suite des négritudiens, lorsqu’interviendront des anticoloniaux, dont Mongo Beti, Bernard Dadié, TchicayaU’tamsi, Abdoulaye Sadji, Ferdinand Oyono, Sembène Ousmane, etc., le combat reste le même. Sous la plume acrimonieuse et acerbe de ceux-ci, l’engagement s’érige en norme d’écriture. Tous se devaient de se conformer à la « règle » ; au risque de se voir « sanctionner », vilipender, par leurs pairs. C’estle cas de Camara Laye[33], non moins connu par la communauté scientifique.

La plupart ayant assisté aux errements et ornières coloniaux se fait « porte-parole » de la société avec l’écriture comme « arme de combat[34] ». Il fallait impérativementredorer le blason noir et le faire accéder à la reconnaissance universelle. Liés, ainsi, par des objectifs communs, les écrivains s’unissaient autour de l’écriture. Thématique unique, enjeu identique :la célébration du Noir et ses valeurs culturelles.

Toutefois, des décennies après cette « complicité » discursive, on assiste à un renouvellement de l’écriture africaine ; mieux à « l’effacement des traces identitaires[35]» dans la littérature d’Afrique francophone subsaharienne. En effet, aux antipodes de la vision communautaire des « aînés », les auteurs contemporains prennent de la distance. L’écriture perd sa vocation primaire, sa fonction utilitaire pour devenir libre et burlesque. C’est ainsi que l’écriture de CalixtheBeyala diffère de celle de Mariama Ba ou que celle de KossiEfoui contraste avec les diatribes de Mongo Béti. Tournés plus vers la mondialisation, les jeunes auteurs ne privilégient plus le contenu de l’œuvre mais la forme. Du statut de personnage modèle, on navigue vers la mise en scène « d’êtres de papier » decrise et en crise. Mieux, le personnage perd son statut « problématique » pour devenir « problème » soi-même. Ainsi remarque Awa Sarr :

Là où les écrivains de la première génération prenaient à travers leurs personnages fictifs, des positions sur les méfaits de la colonisation, du néocolonialisme, ou de l’impérialisme culturel, la nouvelle génération se détourne généralement de telles prises de postions explicites. Elle présente des personnages qui se cherchent plus qu’ils ne s’affirment, décrit des manifestations plus que les causes profondes génératrices des désordres psychologiques des personnages.[36]

En un mot, l’iconoclaste écriture africaine contemporaine s’est décentralisée. On assiste à une libéralité discursive qui engendre une pluralité thématique. Il n’existe plus de thèmes collectifs. Chacun aborde « sa » thématique en suivant son propre « nomos » (loi). Par conséquent, tandis que CalixtheBeyala amasse le capital économique en traitant de la sexualité[37], Mabanckou capitalise les capitaux symboliques[38] en parlant de l’immigration[39], du banditisme[40] ou de soi[41]. Une telle « liberté » scripturaire et thématique aurait-elle existéau début de la littérature africaine ? L’évolution du monde et ses corollaires auraient-ils influencé les conditions de création du discours africain contemporain? D’ailleurs, comment peut-on reconnaitre ces nouveaux auteurs africains ? Quelles sont leurs caractéristiques et de quels profils répondent-ils ?

  1. Quelques caractéristiques de l’écrivain africain d’aujourd’hui

Les jeunes auteurs africains en quête de reconnaissance répondent de plusieurs profils qui constituent pour l’essentiel leur identité. En effet, nés pour la plupart en Afrique, après la soixantième décennie de l’an 1900, ces écrivains ont, à l’opposé de leurs ainés, une conception « rhizomatique » de la notion d’africanité et même de l’identité. En d’autres termes, loin de prendre une position radicale pour la défense de l’identité africaine, ils optent pour « l’identité-plurielle » selon la conception glissantienne[42]. D’obédience postcoloniale, ils relativisent leurs discours, en regardant avec la même « franchise » et « lucidité » la culture africaine, leur terre natale, et la culture occidentale, leur terre d’adoption. C’est ce qu’affirme FatouDiome en ces termes : « j’écris entre deux cultures(…) et j’essaie de regarder les deux cultures de même manière honnêtement avec franchise et lucidité[43] ». Cette attitude qui dévoile leur position interstitielle et ambiguë, oblige la critique à la relecture des textes africains. Situés dans l’entre-deux, dans « un territoire qui n’est pas pris en compte dans un système global faisant d’eux du coup des êtres de la ’’marge’’ ou d’un  ‘’intervalle inexploré’’[44] », ils créent ce que nous nommons jusque là l’identité littéraire.

Outre ces aspects, ces « apatrides » ou « bâtards internationaux » optent pour la transgression scripturaire, c’est-à-dire l’écriture carnavalesque, au sens où l’entendrait Mikhaïl Bakhtine. Sous la plume de ces écrivains, la morale et l’éthique portent des masques et se prostituent. La vertu est relayée par le vice, l’obscénité et l’invectives sont à la place de la pudeur[45]. En un mot, la transgression atteint le point culminant. Les bonnes mœurs et les croyances sociales africaines sont foulées aux pieds : c’est l’ère du discours licencieux. La sexualité et le discours (sur le) du sexe ne sont plus des sujets tabous, comme cela pourrait être le cas des décennies plus tôt. Désormais, entre l’écriture et la pornographie, il n’y a qu’un pas.

Par conséquent, loin des personnages emblématiques du passé, ils proposent de nouveaux types littérairesou des personnages marginaux qui sont entre autres des ivrognes[46], des prostitués, des démunis, des immigrés, des clandestins, des psychopathes, des schizophrènes, des ombres[47]

Du sujet-écrivain à son objet, tout semble porter les stigmates du changement. L’origine et l’identité sont brouillées : c’est le cas du personnage principal de Sami Tchak. Prenant le lecteur  en sympathie, il donne ses origines et son lieu de résidence actuel sous le voile d’un couple binaire d’adverbes de lieu : « ici »/« là-bas ». En effet, dès les premières lignes du roman, c’est un narrateur « sans nom » (anonyme) qui parle, feignant de s’être présenté : « moi je suis né ici, comme ma cousine. Nos parents, eux, ils sont nés là-bas et sont venusici après ». Puis sans jamais avoir dit son nom au préalable, il s’écrit : « je vous ai déjà dit mon nom ? Très bien. Quel vilain nom![48] » Dans ce « malhonnête » jeu de mots, il revient au lecteur d’user de sa culture pour reconstruire l’origine de ce personnage qui ne sera jamais connu de nom.

Comme on pourrait le constater, pour ces auteurs, l’objectif n’est plus le message mais le style. Le fond compte le moins. La primauté est plutôt accordée à la forme du discours. Ecrire, ce n’est plus dire, mais bien dire. En effet, à l’ère de l’universalisation littéraire,ils choisissent la littérature-monde au détriment d’une littérature régionale imbibée d’idéologies militantes ou inhibitrices. Alain Mabanckou affirme à juste titre : « nous ne sommes pas les pompiers de l’Afrique ; à devoir éteindre les feux sur le continent. [49]» Et à KossiEfoui systématique de trancher à sa manière : « la littérature africaine n’existe pas.[50] » Comment donc se résoudre à défendre l’inexistant, pourrait-on s’interroger ?

Sujets voyageurs, sujets « paratopiques », écrivains migrants, « écrivains connus comme accessoirement nègres », « enfants de la postcolonie[51] », écrivains postcoloniaux etc., en dépit de cette multiple dénomination, ces jeunes auteurs africains récusent les appellations pouvant révéler leur origine. Ce faisant, en effaçant leur trace, ils construisent l’identité littéraire. Aussi, cet acte favoriserait-il l’autonomie du champ littéraire africain vis-à-vis du champ politique, ou encore grâce à leur discours libertaire, le microcosme littéraire africain se libérerait-il de la férule du champ du pouvoir.

Conclusion

La littérature d’Afrique noire francophone actuelle connait une évolution. Contrairement aux premiers écrivains, considérés selon la théorie bourdieusienne comme les « aînés », la nouvelle génération littéraire renie l’identité africaine. Le changement des enjeux discursifs conduit la nouvelle génération à la recherche d’une nouvelle identité : l’identité littéraire. Ainsi, tant au niveau thématique qu’idéologique, l’écriture porte les germes du changement.

Dès lors, servant de prétexte de relecture des textes africains, les écritures africaines de soi favoriseraient également la réécriturede l’histoire littéraire. En lieu et place d’une histoire littéraire qui s’établit dans l’ombre de l’histoire socio-politique de l’Afrique, les enjeux d’écriture des écrivains liés à la notion d’identité constitueraient un moyen de renouvellement de l’historiographie littéraire africaine. Cette communication constitue à cet effet une ébauche que d’autres études pourront approfondir. Il faudrait à travers l’historiographie littéraire africaine séparer l’exclusive histoire politique de l’histoire littéraire africaine, quand même qu’il serait difficile de les lire en autarcie. Accorder le primat à l’analyse discursive au détriment des événements politiques serait sans doute l’une des méthodes d’histoire littéraire africaine les plus prometteuses.

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WABERI, Abdourahman, « Les Enfants de la postcolonie. Esquisse d’une nouvelle génération d’écrivains francophones d’Afrique noire », Notre librairie, n°135, 1998, p. 8-15.

  1. Cette méthode, fondée sur les concepts de « champ », « habitus », « illusio », « capital »,consiste à lire l’espace social global sous le prisme d’un ensemble de microcosmes (mondes en miniature) existants avec des lois et principes relativement autonomes, les uns vis-à-vis des autres. Dès lors, soumettre l’étude d’un espace (champ) à un autre relèverait de l’hétéronomie, c’est-à-dire de la manifestation d’une absence d’autonomie. Aussi, fonctionnant et évoluant à la « concurrences et la lutte » entre acteurs internes, les enjeux d’écriture constitueraient-ils un creuset de relecture, voire de renouvellement de la méthode historiographique littéraire africaine dans la mesure où, ils déterminent, légitiment et consacrent les positions et prises de position.Partant, l’histoire littéraire peut être (re)parcourue sans être adossée sur le champ politique africain (comme c’est le cas à travers les méthodes existantes), mais plutôt suivant l’étude des enjeux d’écriture des acteurs en luttes. Ce qui favoriserait la négociation de l’autonomie (relative) du champ littéraire africain vis-à-vis du champ politique auquel il a longtemps été soumis.

  2. Philippe Lejeune, Le pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975. Selon le théoricien français, l’autobiographie est « un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle. » L’idée étant de montrer qu’entre l’auteur et le lecteur d’un texte autobiographique s’établit un contrat de lecture, une sorte de « pacte », fondé sur l’identité entre trois entités notamment, l’auteur, le narrateur et le personnage.

  3. Serge Doubrovski, Fils, Paris, Galilée, 1977, quatrième de couverture.Pour désigner cette forme discursive, Serge Doubrovski postule le concept d’ « autofiction », une autre forme des « écritures de soi ». Théoriquement, il l’oppose au « pacte autobiographique » de Philippe Lejeune qu’il trouverait aporétique.

  4. Pierre, BOURDIEU, « Le champ littéraire », Acte de la recherche en sciences sociales. Vol. 89, septembre 1991. Le champ littéraire, p. 13. [En ligne sur] http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss 0335-5322 1991 num 89 1 2986. Consulté le 7 mai 2014.

  5. Le concept est de Pierre Bourdieu. Il le définit de façon générale comme étant la règle de jeu, mieux l’enjeu qui motive les acteurs d’un champ à prendre part au(x) jeu(x) et qui estiment que le jeu vaut la peine d’être joué. L’illusio situe « la valeur de l’enjeu et l’intérêt du jeu ». Dans cette veine, considérée l’identité africaine comme un illusio revient à décrire les positions et les prises de position légitimées par/autour de celle-ci. Mieux, elle informe les motivations des acteurs à prendre part au jeu littéraire africain, au cours duquel, ils la défendent ou la subvertissent.

  6. L’expression est empruntée au critique Josias SEMUJANGA, « De l’africanité à la transculturalité : éléments d’une critique littéraire dépolitisée du roman », Etudes françaises, vol. 37, n° 2, 2001, p. 133-156.

  7. Ce problème s’était déjà observé dans le champ littéraire français au cours du XXe siècle et avait suscité une remise en question des études passées, voire une « rupture avec les formes traditionnelles  d’histoire», ainsi qu’un renouvellement de la méthode d’histoire littéraire événementielle et linéaire existante. Nous pouvons lire judicieusement Fernand Braudel, « Histoire et sciences sociales. La longue durée », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 13, n° 4, octobre-décembre 1958 et Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire ? Essai d’épistémologie, Paris, Seuil, 1971. Il existe de cet ouvrage une deuxième édition synthétisée, parue huit (8) années plus tard, intitulée : Comment on écrit l’histoire ?, suivi de Foucault révolutionne l’histoire, coll. «Points-Histoire », Paris, Seuil, 1979.

  8. Mohamadou Kane, « Sur l’histoire littéraire de l’Afrique subsaharienne francophone », Etudes littéraires, vol. 24, n°2, 1991, p. 9.

  9. Mohamadou Kane, idem, p. 9.

  10. Nous le soulignons.

  11. Mohamadou Kane, Op. cit., p. 9.

  12. Lire Lylian Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, 2002.

  13. Nous pouvons citer entre autresLylian Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, Karthala, 2008 ;AbdourahamaneWabéri, « Les Enfants de la postcolonie. Esquisse d’une nouvelle génération d’écrivains francophones d’Afrique noire », Notre librairie, n°135, 1998, p. 8-15, etc.

  14. AbdourahamaneWabéri, Op. cit.

  15. Alain Mabanckou, Lettre à Jimmy, Paris, Fayard, 2007, p. 77. En effet, posant le même problème au niveau du discours africain, pour montrer sa dissidence vis-à-vis de l’engagement littéraire africain (ce que nous nommons ici « mythe collectiviste  africain»), l’écrivain-critique franco-congolais mettait en garde : « si nous n’y prenons pas garde, l’auteur africain n’a plus qu’à attendre la prochaine calamité sur son continent pour commencer un livre dans lequel il blâmera plus qu’il n’écrira. », pp. 76-77.

  16. D’ailleurs, l’absence ou l’inexistence de travaux s’inscrivant dans cette veine « corrective » aurait occasionné la restriction de notre recension critique.

  17. La dépolitisation est d’ailleurs importante. Car du point de vue bourdieusien, le champ littéraire manquerait d’autonomie. Etablir l’histoire littéraire à partir de l’histoire politique, c’est soumettre le champ littéraire au champ politique. Nous le signifions déjà.

  18. Mohamadou Kane, Op, Cit., p. 25.

  19. Nous pensons que l’habitus, selon la définition que lui donne Bourdieu ; ensemble de «schèmes de perception (manière de percevoir le monde), d’appréciation (manière de le juger) et d’actions (manière de s’y comporter) qui ont été intériorisées et incorporées par les individus au cours de leur socialisation de manière plus ou moins inconsciente » (Cité par David N’goran, « La théorie des champs : qu’est-ce que le champ littéraire », De la culture littéraire pour comprendre la littérature générale et comparée, Abidjan, Inidaf, 2013, p. 57-58, joue un rôle déterminant dans la production d’un discours ou l’accomplissement d’un acte. En tant qu’ensemble « d’expériences sociales (…) privées » disponible dans le sujet et lui permettant d’agir ou interagir face à une situation donnée, il (l’habitus) conditionnerait son regard, son dire et son faire. Un sujet qui a été témoin des injustices coloniales et/ou post-colonialesne peut que produire un discours pamphlétaire. Autant, celui qui assiste aux transformations sociétales présentes avecleurs corolaires de dépravations de mœurs, de développements de l’individualisme ne pourrait produire un discours autre que celui qui est fortement corrélé par ce que « consciemment ou inconsciemment » il a emmagasiné au cours de sa socialisation. C’est ce qui nous donne les deux pôles discursifs africains suivant notre prétexte donné au préalable.

  20. Dans son ouvrage méthodologique intitulé Comment on écrit l’histoire ? Essai d’épistémologie, Paul Veyne écrivait : « Les faits n’existent pas isolément, en ce sens que le tissu de l’histoire est ce que nous appellerons une intrigue, un mélange très humain et très peu « scientifique » de causes matérielles, de fins et de hasards ; une tranche de vie, en un mot que l’historien découpe à son gré et où les faits ont leurs liaisons objectifs et leur importance relative. », cité par Bernard Dantier in « Comment écrit-on l’histoire ? Paul Veyne et la construction d’intrigues », Extrait de Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, (1ère édition 1971), pp. 50-85, septembre 2005, p. 6. Autrement dit, à l’instar de l’habitus chez Bourdieu, l’intrigue favoriserait l’écriture de l’histoire littéraire. Elle permettrait de mieux cerner la succession des faits et leurs enjeux. D’ailleurs, Dantier soutient que « le fait n’est rien sans son intrigue. », Op. cit., p. 7.

  21. David N’Goran, Le champ littéraire africain : essai pour une théorie, Paris, L’Harmattan, 2009, préface de Bernard Mouralis.

  22. David N’Goran, Littérature et « champs symboliques » : essai pour une théorie de l’écriture actuelle en Afrique francophone, Thèse de doctorat nouveau régime de Lettres et Sciences Humaines, option : Littérature générale et comparée, Universités de Cergy-pontoise et d’Abidjan-Cocody, Cergy-Pontoise, UFR des Lettres et Sciences Humaines, 20 avril 2005, p. 21. [Sous la direction du Professeur Bernard MOURALIS et la Co-direction du Professeur Barthélemy KOTCHY].

  23. Bernard Mouralis, « Littératures africaines, Oral, Savoir », Semen [en ligne], 18|2004, mis en ligne le 29 avril 2007, consulté le 24 juin 2015. URL/ http://semen.revues.org/2221.

  24. David N’Goran, « La théorie des champs symboliques. Qu’est-ce que « le champ littéraire » ? », De la culture littéraire pour comprendre la littérature générale et comparée, Abidjan, Inidaf, 2013, p. 58.

  25. GnaouléOupoh, « Histoire littéraire et littératures africaines », Cahier du GRELCEF.www.uwo.ca/french/grelcef/cahiers_intro.htm n°7. Le temps et l’espace dans la littérature et le cinéma francophones contemporains. Mai 2015. p. 65-84. En effet, le critique ivoirien affirme : « La production littéraire de langue française en Afrique est un phénomène accidentel », p. 66.

  26. Confère Julien Hage, « Les littératures francophones d’Afrique noire à la conquête de l’édition française (1914-1974) », Gradhiva, p. 81-105. [en ligne], 10/ 2009, mis en ligne le 04 novembre 2012, consulté le 03 janvier 2015, URL : http://gradhiva.revues.org/1523.

  27. Thorsten Schuller, « La littérature africaine n’existe pas », ou l’effacement des traces identitaires dans les littératures africaines sub-sahariennes de langue française. Journée d’études pluridisciplinaires. Constructions discursives de l’origine et autres labels identitaires, 19 septembre 2008. Metz : Centre de recherche « Ecriture », 2008.

  28. Thorsten, Schuller, Art., cit, p. 2.

  29. Le concept est de Serge Doubrovski, Op., cit.

  30. Pierre Bourdieu, « Le champ littéraire », Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 89, septembre 1991, p. 9. http://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1991_num_89_1_2986. consulté le 05/01/2016.

  31. Achille Mbembe, « A propos des écritures africaines de soi », Politiques Africaines, n°77, 2000/1, p. 16.

  32. D’ailleurs, en parlant des problèmes géographiques africains causés par la colonisation, LadjiKaramoko Ouattara affirme : « Les mouvements successifs de la colonisation ont créé de nouvelles frontières nées d’un découpage en fonction d’intérêts politiques et économiques extérieurs. » Puis, citant « Lord Salisbury, lui-même un des grands ‘’partageurs du gâteau’’ africain », il écrit : « Nous avons entrepris de tracer sur les cartes des régions où l’homme blanc n’avait jamais mis le pied. Nous nous sommes distribué des montagnes, des rivières et des lacs, à peine gênés par cette petite difficulté que nous ne savions jamais exactement où se trouvaient ces montagnes, ces rivières, ou ces lacs », « Les Frontières En Afrique : Héritage Du Passé Colonial, Enjeu Actuel », ThinkingAfrica, Note de recherche, NDR, n°11, juillet 2014, p. 2.

  33. En effet, pour avoir écrit une œuvre autobiographique ; L’enfant noir (Paris, Plon, 1953) en pleine période coloniale, Camara Laye est traité de « grand malade » par Mongo Béti in « Choses vues au festival des arts africains de Berlin-Ouest » du 22 juin – 15 juillet 1979, Revue Peuples noirs, peuples africains, n°11 septembre-octobre 1979, p. 57.

  34. Ahmed Tidjani CISSE, « L’expression de l’engagement politique dans la littérature africaine », Guinée culture : Culture et patrimoine. Disponible sur : article mise à jour le 20 septembre 2010, consulté le 19 juillet 2014.

  35. Thorsten Schuller, Op, cit.

  36. Awa CoumbaSarr, Spectralité et critique de la laideur : l’engagement postcolonial dans la littérature en français de la nouvelle génération d’écrivains africains, Dissertation, Submitted in partial fulfillment of the requirements for the degree of Doctor of Philosophy in French in the GraduateCollege of the University of Illinoisat Urbana-Champaign, 2010,p. 12.

  37. CalixtheBeyala, Comment cuisiner son mari à l’africaine, Paris, Albin Michel, 2000.

  38. Au risque de nous tromper, on peut soutenir que Mabanckou est le plus jeune écrivain francophone d’Afrique subsaharienne contemporain qui a reçu le plus de distinctions. Il a à son actif plus d’une quinzaine de Prix et Médaille. On peut citer entre autres : le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire (Bleu-Blanc-Rouge ; 1999), Prix Renaudot (Mémoire de Porc-épic ; 2006), Grand Prix de littérature de l’Académie Française Henri Gal (décerné pour l’ensemble de son œuvre ; 2012), etc.

  39. Alain (Mabanckou), Bleu Blanc Rouge, Paris, Présence africaine, 1999.

  40. Alain (Mabanckou), African psycho, Paris, Le serpent à plume, 2003.

  41. Alain Mabanckou, Lumières de Pointe-Noire, Paris, Seuil, 2013.

  42. Edouard Glissant, Poétique de la relation. Poétique III (1990), Paris, Gallimard, 2007.

  43. FatouDiome, « Partir pour vivre libre », Africultures, interview réalisée par TainaTervonen, octobre 2003.

  44. David N’Goran, « Pour comprendre le discours postcolonial », De la culture littéraire pour comprendre la littérature générale et comparée : Méthodes, Thèmes et problèmes théoriques, Abidjan, Inidaf Editions, p. 65-84.

  45. Nous pouvons citer à juste titreSami Tchak, Place des fêtes, Paris, Seuil, 2001.

  46. A ce titre, l’œuvre éponyme Verre-cassé d’Alain Mabanckou est une belle référence.

  47. Sami Tchak,Place des fêtes, Paris, Gallimard, 2001.

  48. Sami Tchak, Op., cit., p. 11.

  49. Cazenave (Odile), « Paroles engagées, paroles engageantes. Nouveaux contours de la littérature africaine aujourd’hui », Africultures, n° 59, 2004, p. 61.

  50. Boniface Mongo Mboussa, Désir d’Afrique, Paris,Gallimard, 2001. Entretien avec KossiEfoui, « La littérature africaine n’existe pas », p. 138-146.

  51. Une autre de leurs caractéristiques, à travers cette périphrase,Abdourahamane Wabéri nous apprend que ces auteurs sont tous nés après 1960 ; année de l’indépendance de la plupart des pays africains.

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