Du personnage au narrateur : les jeux langagiers de la rue 171 : Aimé THIEMELE

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DU PERSONNAGE AU NARRATEUR : LES JEUX LANGAGIERS DE LA RUE 171

Aimé THIEMELE
Maître Assistant
Université Félix Houphouët-Boigny
Abidjan- Cocody, Côte d’Ivoire

 

RESUME

Dans notre entendement, la rue est un lieu où circulent des personnes et des automobiles. Mais la lecture du roman, « La rue 171 », a attiré notre attention sur un phénomène extraordinaire et inhabituel : une métamorphose, s’il faut le dire ainsi. En effet, nous avons noté que, représentant habituellement un espace dans les écrits, dans le roman de Pierre Kouassi Kangannou, L’auteur fait une mise en scène dans laquelle la rue est à la fois espace, personnage principal et narrateur. Cette nouvelle façon de procéder intrigue le lecteur tant par les propos du narrateur que par ceux du personnage. En effet, il nous présente un personnage-narrateur qui voit tout, entend tout, dit tout. Ce sont ces jeux langagiers aussi bien du personnage que du narrateur que nous voulons analyser pour comprendre le message véhiculé par ce texte romanesque.

Mots clés : rue, jeux, langagiers, paradigmes, personnes

ABSTRACT

In our understanding, the street is a place where circulate of the people and the cars. But readingof the novel, ‘‘street 171’’, our attention attracted to an extraordinary and unnsual phenomenom : a metamorphosis, if it should be said thus. Indeed, we note that, usually representing a space in the writings, in the novel of Pierre Kouassi Kangannou, the author makes a production in which the street is at the same time space, main character and narrator. This new way of proceeding intrigue the reader as well by the remarks of the narrator as by those of the character. Indeed, it introduces a character- narrator to us who sees all, hears all, known as all. They are these linguistic games as well of the character as of the narratoras we want to analyze to understand the message conveyed by this romantic text.

Key words: sreet, games, linguistic, paradigms, people.

 

INTRODUCTION

Parler est une faculté plus ou moins humaine que les écrivains essayent de reproduire dans leurs œuvres à travers les personnages auxquels ils donnent la parole. La littérature contemporaine utilise dans ses récits des phénomènes extraordinaires qui suscitent des analyses et des critiques de tous genres. C’est dans ce sens que la rue fait l’objet de la présente étude. La rue est, selon le Dictionnaire universel (1988 :1055), une « voie bordée de maisons, dans une agglomération. » Elle est aussi « le lieu de manifestations, d’émeutes ; par extension, ces mouvements eux-mêmes. » C’est aussi un « espace, un passage en couloir », nous dit la même source. Les définitions susmentionnées montrent que la rue est avant tout un espace. Or, dans le roman, « La rue 171 », que nous avons choisi comme support, la rue se présente sous trois entités que sont : la rue comme espace ; la rue en tant que personnage principal et la rue qui est le narrateur. Ce sont surtout les deux dernières dimensions citées qui nous intéressent. Et c’est à ce niveau que se révèlent tout le sens et tout l’intérêt du présent article. Comment cerner la dimension du personnage et celle du narrateur à travers le langage ? La rue a-t-elle des organes de sens ? Comment se manifestent-ils et comment les retrouve-t-on dans le roman ?
Pour répondre à ces interrogations, nous allons dégager les paradigmes de personnification de la rue à travers l’usage des personnes grammaticales et l’expression de son ressenti pour montrer qu’il a des organes de sens. Nous présenterons aussi les changements de niveaux narratifs pour montrer la distinction entre le personnage et le narrateur. Et, nous terminerons par les thématiques abordées par ‘‘ la rue’’. La présente communication analyse d’un point de vue linguistique le maniement langagier du personnage narrateur « La rue 171 ». Pour ce faire, nous présenterons d’abord les théories et les méthodes qui vont servir à faire notre analyse. Ensuite, nous ferons ressortir les paradigmes de personnification de la rue.

1-THEORIES ET METHODES

Quelles théories et quelles méthodes utiliser pour que notre travail, qui se veut une analyse grammaticale et linguistique, atteigne ses objectifs ? Selon le dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, « la théorie a pour objectif de fournir aux grammaires particulières des langues, les moyens de remplir leurs tâches ».( Dubois, 1973 ; 482)
Pour des raisons pratiques, nous optons pour l’argumentation dans le discours. D’une manière générale, la typologie des théories de l’argumentation établit trois approches que sont : les théories rhétoriques, les théories logiques et les théories pragmatiques. Selon le dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, « la typologie a pour fin leur description en fonction de certains caractères choisis préalablement et leur classement selon les affinités qui se découvrent ».(Dubois, Op.Cit. ; 497) Parmi cette typologie des théories de l’argumentation, nous avons : les théories rhétoriques, les plus anciennes (la période présocratique) qu’on situe au VIème siècle avant notre ère. Les premières traces de cette théorie, dont Zénon d’Elée passe pour l’inventeur, portent sur « l’art de discuter », premier sens du mot dialectique. Son auteur entreprend d’enseigner l’art de réfuter, une sorte de dialectique négative, qui passe par des prémisses admises ou approuvées par l’adversaire. Puis elle travaille à démolir son raisonnement et ses conclusions. Alors la démarche de Zénon est fondée sur le principe de non- contradiction : quand deux opinions au moins sont avancées, si l’une est juste, l’autre est fausse. En outre, nous avons la rhétorique des sophistes qui est l’art de parler de manière à persuader, l’art de l’éloquence et spécialement du discours politique ou juridique. Il est à retenir que cette étude n’est pas exhaustive parce qu’il y a des linguistes qui y ont fait de brillantes recherches tels que Platon et sa dialectique, Aristote et son raisonnement et démonstration…
Les théories logiques, telle la logique formelle de Georges Boole, cherche à établir la vérité, c’est-à-dire des données indiscutables, des axiomes, alors que tout ce qui relève de la rationalité peut être sujet à caution. Elle se définit comme l’étude des concepts, des jugements et des raisonnements considérés en eux-mêmes selon leurs enchainement et abstraction faites des réalités auxquelles ils s’appliquent. Son champ d’étude est pareil à celui de la mathématique. La logique naturelle de Jean Blaise Grize, qui est une autre logique qui s’est développée et qui entend apporter une alternative à la logique formelle sans adopter une approche normative. L’objectif de cette logique dite naturelle est d’établir un modèle qui décrive l’argumentation en langue naturelle, et son postulat est que dans la langue naturelle, on a affaire à au moins deux sujets en situation d’interlocution et de communication dans un contexte social.
Les théories pragmatiques, comme celle de Van Eemeren et al, qui est la pragma-dialectique apparait comme une théorie de l’argumentation qui se veut à la fois descriptive et normative, qui admet également que l’argumentation est un acte de langage et analyse la construction et le déploiement de cet acte de langage complexe, dans le cadre d’un dialogue destiné à résoudre des conflits d’opinion. En fait, ce linguiste et ses alliés la définissent comme un processus dialogique de résolution de conflits, montrant clairement son caractère pragmatique et dialectique. Dès lors, en tant que théorie de l’argumentation, elle s’inspire de la pragmatique linguistique qui fournit une description des phénomènes langagiers, dans la mesure où elle parle de constellation des propositions destinées à justifier ou à réfuter une thèse. En outre, elle vise à établir des normes qui permettront d’évaluer la validité des arguments déployés dans le raisonnement. Pour terminer, la pragmatico-sémantique d’ANSCOMBRE et DUCROT, qui en sont les chefs de file et conçoivent l’argumentation non comme un fait de discours, mais plutôt comme un fait de langue. Alors pour ces linguistes, l’argumentation n’est pas un ensemble de stratégies verbales visant à persuader. Ainsi, un locuteur fait une argumentation lorsqu’il présente un énoncé E1(ou un ensemble d’énoncés) comme destiné à en faire admettre un autre (ou ensemble d’autres) E2 (ANSCOMBRE et DUCROT, 1988).

En fait, pour ces linguistes, l’argumentation est donc plus orientation de sens en enchainement d’énoncés que processus de conciliation ou même démarche persuasive.

Ruth AMOSSY (2000), dans L’argumentation dans le discours, se propose d’expliquer les modalités selon lesquelles le discours oral ou écrit tente d’agir sur un public. Elle étudie la force de la parole dans la situation de communication concrète où elle s’exerce. Ensuite, elle examine la façon dont locuteur et allocutaire interagissent, c’est-à-dire exercent une influence mutuelle l’un sur l’autre, à travers les ressources verbales qu’ils mettent en jeu. Ruth AMOSSY, dans sa recherche, a adopté des principes qui sont au nombre de six et qui ont pour fonction tant de baliser ce champ que de présenter les techniques pratiques de son application aux textes. Il s’agit donc des approches langagières (orientations argumentatives, cadres formels d’énonciation, enchainements d’énoncés, présuppositions et sous-entendus), communicationnelles (situation de communication dans laquelle elle doit produire son effet), dialogique et interactionnelle (auditoire, ethos, prémisses, points d’accord partagés), générique (type, genre de discours), stylistique (effets de style et de figures), textuelle (syllogisme et analogie, stratégie de dissociation et d’association).

En somme, il est à retenir que l’argumentation est présente partout, car elle se présente comme un acte de langage. Elle se déploie dans la langue ou le discours et se fonde sur les moyens que ceux-ci offrent au sujet parlant (locuteur). Les méthodes adoptées pour cette étude sont, d’une part, l’analyse argumentative et, d’autre part, la description et l’explication. L’analyse argumentative s’intéresse à l’étude du caractère argumentatif d’une production langagière. Et comme notre étude porte sur les jeux langagiers de la rue, nous pensons qu’elle permettra de parvenir à des résultats probants. Quant à la méthode descriptive et explicative, elle aidera, selon la définition du Dictionnaire universel (1988 : 320 ; 454), « à représenter, à dépeindre par des mots, en paroles ou par écrit et aussi à élaborer un développement destiné à faire comprendre quelque chose, à en éclaircir le sens. »

2– PARADIGMES DE PERSONNIFICATION DE LA RUE

Le schéma narratif de l’œuvre, caractéristique du genre romanesque, laisse entrevoir un récit dit à la troisième personne « il » et un discours qui implique la présence du personnage parlant à travers le pronom personnel de la première personne « je » et ses variantes. Dans cette stratégie argumentative se démêlent les notions récit- discours. Ces concepts semblent être clarifiés par DUBOIS Jean et al (1973), qui ont écrit :

On appelle récit un discours rapporté à une temporalité passée (ou imaginée comme telle) par rapport au moment de l’énonciation. L’opposition entre le discours (énonciation directe) et le récit (énoncé rapporté) se manifeste en français par les différences dans l’emploi des temps (passé composé dans le discours, passé simple dans le récit).

Cette définition nous amène à soutenir que « La Rue 171 » est une œuvre romanesque particulièrement caractérisée par le récit et le discours. Dans ce roman, le narrateur manifeste sa présence dans l’exposé des faits. Pour élucider l’appartenance de notre texte au récit et au discours, nous nous référons à l’approche des temps verbaux d’Emile Benveniste qui stipule que le discours emploie le présent, le passé composé et le futur alors que le récit s’écrit au passé. Il ajoute que l’imparfait apparait dans les deux. Ainsi, les temps qui caractérisent « La rue 171 » sont le présent de l’indicatif et le passé composé pour relater les faits antérieurs à ce présent. Par exemple : « Et vous savez comment je l’ai su ? » p23.
Cette question posée par le narrateur affirme sa présence pendant l’activité verbale qui se rapporte à un évènement passé. Cette phrase interrogative illustre la présence des deux temps verbaux : le présent de l’indicatif (savez) et le passé composé (ai su). Le roman est aussi caractérisé par la situation d’énonciation, « je- ici- maintenant », que nous analyserons dans ce travail. Si, dans cette œuvre, récit et discours s’entremêlent souvent, il faut signifier qu’ils relèvent de deux systèmes différents parce qu’ils n’utilisent pas les mêmes outils de langue.

Dans l’avant-propos de son œuvre, Ruth Amossy (L’argumentation dans le discours : 2000), se référant à la dimension inhérente au discours chez Anscombre et Ducrot, affirme que « le discours est pris dans l’acceptation courante d’utilisation du langage par le sujet parlant, de l’usage de la langue en contexte, par opposition à la « langue » comme système dans le sens saussurien. L’analyse de l’argumentation dans le discours tient compte du dispositif d’énonciation (qui parle à qui, dans quelle situation de discours). » Ainsi, dans le discours, le sujet parlant est considéré comme un acteur sociohistorique qui agit sur le langage en contexte. Or, dans un récit, la narration est à la charge du narrateur, c’est-à-dire celui qui raconte l’histoire. Il s’identifie, la plupart du temps, à un pronom personnel. C’est dans cette perspective que Gérard Genette (2007 : 369) affirme que « tout récit est explicitement ou non à la première personne puisque son narrateur peut, à tout moment, se désigner lui-même par le dit pronom. ». Partant de ce constat, nous pouvons dire qu’il n’y a pas de narration sans le pronom personnel de la première personne du singulier « Je ». Ce pronom désigne, chez Emile Benveniste (1966: 228), « celui ou celle qui parle et implique, en même temps, un énoncé sur le compte de je » Cela sous-entend un renvoi direct de l’énonciateur qui énonce tout en donnant des informations sur l’espace et le temps. Il est donc l’émetteur d’un discours à l’endroit d’un récepteur. Il permet à celui-ci d’exprimer ses sentiments, ses émotions, ses jugements. Il se reconnait à partir de certains indices tels que « ma », « mes », « mon ».
Dans « La rue 171 », la désignation pronominale qui permet d’identifier le sujet parlant est le pronom « Je ». Dès l’entame de son récit, le personnage narrateur s’identifie au pronom « Je » lorsqu’il dit:

« La Rue 171. En avez-vous déjà entendu parler ? Surement non ! C’est bien moi, la Rue 171. Je suis une rue de la capitale du Pays des mille et une merveilles, là où le jour se lève la nuit et la nuit tombe au lever du jour. » Page 7

Dans ce passage, les marques de la première personne, à travers les personnes grammaticales complément ou pronom tonique « moi » et sujet ou atonique « je », peuvent être considérées comme l’inscription du narrateur dans l’énoncé. Tout au long de l’œuvre, l’instance qui prend en charge la narration est le pronom personnel « Je » qui est récurrent. Nous avons affaire ici à un « Je » présentatif qui occupe pratiquement tout l’espace de l’œuvre. Agissant de cette façon, le pronom personnel, « Je », plonge l’œuvre dans une focalisation interne, c’est-à-dire que le narrateur est égal à son personnage. Cette focalisation reste constante du début à la fin du roman. Cela permet de déduire qu’il s’agit d’un « Je » unique qui occupe une place de choix dans le discours tant au niveau de la personne réelle qu’est l’auteur qu’au niveau du narrateur et du personnage qui se confondent justifiant une perspective interne et invariable. Il s’identifie à celui-ci en se mettant uniquement dans la pensée de celui-ci. En d’autres termes, nous dirons qu’il parle de ce qu’il sait, de ce qu’il voit, de ce qu’il entend. Par ailleurs, Benveniste (1966 : 242), parlant de l’intention de l’auteur par rapport à celui à qui il s’adresse, définit le discours comme étant « toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur et chez le premier l’intention d’influencer l’autre en quelque manière ». Nous comprenons alors que le discours implique un co-énonciateur désigné ici par le pronom « vous » que présente le passage suivant :

Vous êtes surpris que je m’adresse à vous ? Mais que croyez-vous ? Que les rues n’entendent pas ? Que les rues ne voient pas ? Que les rues ne parlent pas ? Ah, détrompez-vous, les rues ne sont pas comme ces statuettes de chimpanzé, symboles de la loi du silence qu’un sculpteur expose à l’un de mes carrefours ! » Pages 7-8

Dans l’extrait ci-dessus, l’usage de « vous », pronom personnel de la deuxième personne du pluriel, indique la présence d’allocutaires que sont les hommes, les lecteurs auxquels s’adresse le narrateur. En nous fondant sur tout ce qui précède, nous pouvons affirmer qu’il y a une dichotomie entre récit et discours. Cependant, si cette affirmation nous permet de baliser notre étude sur ce qui caractérise le discours dans l’œuvre romanesque, notre objectif n’est pas de faire une étude comparative entre le récit et le discours. Il s’agit pour nous, ici, de mettre en exergue les stratégies discursives qui surabondent dans le roman et qui nous interpellent. C’est particulièrement le cas du dispositif énonciatif, les focalisations, l’activité discursive. Dès lors, se posent les interrogations suivantes : quelles sont les modalités du discours dans cette œuvre ? Qu’est ce qui fonde l’activité langagière du personnage narrateur ?
Notre analyse va d’abord, en s’appuyant sur la démarche de Benveniste, justifier les modalités dans « La rue 171 ». Ensuite, dans une perspective conversationnelle, nous allons étudier le dispositif énonciatif. Enfin, nous observerons les indices discursifs afin d’établir l’argumentation du personnage narrateur. Dans le roman, nous notons des marques de la présence du narrateur dans son discours. Par exemple :

Je vais vous parler un peu de mon passé. Eh oui, comme les hommes, j’ai un vécu, j’ai une histoire ! Il y a environ soixante-dix ans, je n’étais qu’un tout petit enfant, (…). P9

L’utilisation du pronom personnel de la première personne du singulier « je » (« Je vais vous parler », « j’ai un vécu », « j’ai une histoire », « je n’étais qu’un tout petit enfant ») nous permet de savoir qui est ce personnage qui parle de lui-même : il s’agit de la rue comme nous pouvons le voir dans l’extrait suivant

Je ne vais rien vous cacher de mes ambitions, je rêve de grandir, je rêve de devenir une grande rue, je rêve de devenir, un jour, une avenue, et pourquoi pas un boulevard ! Qu’est-ce que vous croyez, j’ai des ambitions moi ! Je rêve de grandir, je rêve de devenir autre chose qu’une rue crevassée ! Je rêve de devenir aussi belle et célèbre que la Cinquième Avenue de New-York, Le Las Vegas Strip, l’Avenida Marquês de Sapucai de Rio de Janeiro, ou encore la rue Calle 33 de Bogota, avec sa légendaire salsa dura. » Page 20

Dans son discours, la rue s’identifie aux hommes par l’usage de l’adverbe de comparaison « comme » : « Eh oui, comme les hommes, j’ai un vécu, j’ai une histoire ! Il y a environ soixante-dix ans, je n’étais qu’un tout petit enfant ». A travers la juxtaposition des phrases précédemment citées, tout comme les hommes, nous comprenons que la rue a eu une enfance, elle a une histoire. Elle devient un être anthropomorphe.

3-CHANGEMENTS DE NIVEAUX NARRATIFS, THEMATIQUES ABORDEES PAR LA RUE ET EXPRESSION DE SON RESSENTIR

D’abord, dans le roman, « La rue 171 », le discours argumentatif est souvent soutenu par des proverbes. Le proverbe, selon le Dictionnaire Universel des Littératures (1988), est « une maxime aux sentences courtes fondées sur l’expérience à valeur didactique et imagée dans laquelle s’exprime une sagesse populaire ». Il ne fait que répéter l’opinion commune  « la doxa » et facilite la communication avec l’auditoire. En Afrique, ceux-ci sont très importants dans les conversations afin de donner une esthétique à la pensée d’un individu. C’est dans ce sens que les proverbes de la tradition orale subissent une déportation dans le roman avec une forte charge idéologique. Le narrateur, « la rue », se situe dans un quartier appelé « c’est le bon Dieu qui gratte le dos du lépreux ». A travers ce proverbe, le narrateur nous engage dans un discours de classes sociales défavorisées, condamnées à vivre dans de conditions misérables, qui confient leur sort à Dieu. Le lépreux est un être humain atteint de la lèpre et qui perd généralement ses doigts. Il est en situation de handicap. Il a besoin d’assistance. Ainsi, en cas de démangeaison de la peau du dos, le lépreux ne peut en aucun cas se le gratter et il ne peut que compter sur une générosité divine pour l’aider. La charge sémantique de ce proverbe laisse voir la précarité dans la laquelle vivent les populations de ce quartier. Ce proverbe est implicite et révèle une intention consciente du narrateur, une volonté, un vécu quotidien morose.  Par exemple, les proverbes qui suivent sont une sorte de ligne de conduite à suivre pour ne pas sombrer dans cette impasse.

Quand la pauvreté frappe à la porte l’amour s’enfuit par la fenêtre. Page 67
Ma fille, ton premier mari, c’est ton travail.  Page 71
La beauté d’un homme, c’est le travail. Page 65

Ces proverbes se rapportent aux phénomènes de l’amour, du travail, de l’argent et de l’honneur. Ils nous offrent l’image d’un quartier pauvre jonché de vices que le narrateur personnage expose tout au long de sa narration. Ainsi, cet ensemble de proverbes constituent- ils des conseils validés par la mémoire collective sanctionnée par la « sagesse populaire ». Ils mettent en exergue la force du travail comme dénouement de toute difficulté humaine. Dans cette optique, le premier proverbe, « Quand la pauvreté frappe à la porte l’amour s’enfuit par la fenêtre », a un sens connoté sur les risques d’un amour basé sur le matérialisme, signifiant qu’un couple, quel que soit le degré d’amour, lorsqu’il est frappé par la pauvreté, il se sépare, il se brise, se disloque. Il présuppose que seul le travail peut procurer les vivres nécessaires et la stabilité dans un couple. Les deux autres proverbes stipulent que seul le travail peut garantir la dignité et l’honneur de l’homme et de la femme.
Ensuite, une des caractéristiques dans le discours du narrateur est l’exclamation. Depuis les premières pages du livre jusqu’ à la dernière page, le point d’exclamation foisonne dans le texte. Selon Robert Paul (Le Robert, 2005), la ponctuation est un « système de signes servant à indiquer les divisions d’un texte, à noter certains rapports syntaxiques ou certaines nuances affectives ». Ainsi la présence du point d’exclamation exprime-t-elle généralement les émotions. Dans cette logique, Ruth AMOSSY (2000 :179) affirme que « Les émotions se disent dans les procédés syntaxiques qui comprennent l’ordre des mots, les phrases exclamatives, les interjections. » C’est dans ce sens que, pour montrer son indignation face aux comportements de certaines personnes dans les cérémonies funèbres, le narrateur s’exprime en ces termes :

Je parie que si ce deuil frappait une famille pauvre, si le deuil avait frappé quelqu‘un de démuni dans sa propre famille, elle ne se serait pas donné autant de peine pour offrir ce beau spectacle ! Quelle comédie ! Quelle comédie humaine ! Une solidarité à géométrie variable, une solidarité guidée par des intérêts égoïstes et mesquins ! Voici ce que vous faites ! Voici comment vous êtes, vous les hommes !
Voici comment ce que l’argent a fait de vous, des hommes et des femmes hypocrites et opportunistes ! » (p. 37)

Dans l’extrait ci-dessus, nous notons sept phrases qui se terminent chacune par un point d’exclamation. La récurrence du point d’exclamation traduit l’indignation du narrateur face à l’imposture de l’homme, aux attitudes indignes des humains. En effet, cette mise en scène comique exprime la stupéfaction de l’énonciateur et suscite en lui un sentiment de colère quand il voir comment les intérêts individuels désolidarisent les hommes et les conduisent à une telle bassesse. Et puis, depuis des décennies, l’écriture romanesque a connu une révolution avec le métissage de la langue française et des langues locales. Ce style d’écriture indispose les puristes de la langue  française qui  considèrent  cette littérature marginale  «  dont  la  contradiction essentielle et féconde réside dans un refus profond de la culture française qu’accompagne la volonté démiurgique de recréer un autre langage à cote. Par une sorte d’effraction systématique,  il  s’agirait  en  quelque  sorte  de subvenir  la  langue  française,  de  piller  le dictionnaire, de manière à s’approprier l’imaginaire de l’Autre », soutient Jacques Chevrier (1989 : 236). Cependant, cette création littéraire reste prisée par plusieurs écrivains africains qui ne ménagent aucun effort pour intégrer les créations lexicales africaines dans leurs œuvres.
« La rue 171 » ne reste pas en marge de cette révolution. Des xénismes émaillent ici et là le roman. La phrase suivante en témoigne :« Pas plus tard que la semaine dernière, c’est le ministre des finances, en personne, qui est venu se laver le cul au carrefour M’ Bafo Pian. » Page 76

L’expression  « M’  Bafo  Pian »  est  une  lexicale  de  la  langue  malinké  qui  signifie  en français, « dire forcément une chose qu’on a vue ou entendue ». Ici, l’expression est utilisée avec un sens toponymique car étant une partie de la rue, le carrefour ne peut pas s’empêcher de relater  le quotidien des  hommes,  surtout  des  politiciens  qui,  pour des  raisons  de postes ministériels, s’adonnent à des activités dépourvues de moralité. A cette expression, s’ajoutent d’autres telles moussofi (79) mamie sika(79), mamie lauto(79), www. BLOFOUEBIAN. NET, casse keptou, bobodouman, kplo, Mo wazo karidja (132) … qui se rapportent à l’environnement social  du  narrateur.  De  plus,  le  discours  du  personnage  narrateur  de  « La rue  171 » est polyphonique. Traiter un discours de polyphonique, c’est faire référence à ce que Jacques Moeschler et Antoine Auchlin (2009 : 152) considèrent comme tout ce qui « s’applique à une série de phénomènes linguistiques et pragmatiques passablement éloignés les uns des autres, du discours rapporté à la présupposition, en passant par l’intertextualité littéraire, la citation plus ou moins volontaire et inconsciente, de propos d’autrui. » On comprend dès lors que la polyphonie dans un discours contribue à créer une sorte de combinaison de plusieurs voix dans un ensemble d’énoncés ou de messages écrits. Si pour Mickael Bakhtine, « la polyphonie fait référence  à  la  circulation  des  discours,  d’un  point  de  vue  qui  relie  l’observation  socio linguistique, c’est à dire la présence d’une pluralité d’instances narratives dans un texte », Fuchs et Le Goffic (1992 : 117) ne disent pas autre chose lorsqu’ ils énoncent que la polyphonie rend compte de la « diversité des sources assertives et des points de vue constitutive de la sémantique ». A ce niveau, le discours prend une tournure dialogique pour mettre en perspective un ensemble hétéroclite qui entretient des rapports de signifiance non négligeables. Avec Oswald Ducrot, cité par Jacques Moeschler et Antoine Auchlin (2009 : 152), cette notion, même si elle part des travaux de Bakhtine, prend une orientation assez particulière dans la mesure où elle « est consécutive à l’énonciation en tant que celle-ci est inscrite dans la langue.» Cet  énoncé,  poursuivent-ils,  consiste  à  son  tour  en  « une  mise  d’instances  énonciatives distinctes, auxquelles le locuteur peut se présenter comme associé ou non. » De ces deux approches, l’étude se propose d’analyser le roman, « La rue 171 » à l’aune de la démarche d’Oswald Ducrot afin de voir le degré d’implication du discours du narrateur dans l’œuvre. Dans  « La  rue  171 »,  l’instance  énonciative  est  prise  en  charge  en  majorité  par  la  rue. Cependant, nous constatons qu’à l’instar de cette instance narrative dans le récit, il apparait d’autres extraits qui se disséminent dans l’œuvre. La particularité de ces énoncés réside dans le fait qu’ils n’engagent pas la responsabilité du narrateur. Ils se présentent sous diverses formes, c’est-à-dire des noms, des affiches ou pancartes et des extraits religieux.

Pour ce qui concerne les noms, nous voulons montrer que le nom, en tant que désignation d’une personne, d’un lieu ou d’une autre entité, peut s’appréhender comme un énoncé. A l’entame du récit, nous sommes captivés par le nom du quartier : « c’est le bon Dieu qui gratte le dos des lépreux. » A travers ce nom assez iconoclaste, nous découvrons une phrase déclarative. Ce nom fonctionnant comme un énoncé permet de savoir que ce n’est pas la rue qui a nommé ce quartier mais plutôt les habitants qui envoient un message à toute l’humanité sur l’individualisme qui est le baromètre de cet espace. L’esprit de partage et de fraternité qui doivent régner entre les hommes ne fait pas partie des dispositions régissant ce quartier. A cela s’ajoutent d’autres types de noms qui sont en réalité des groupes nominaux. C’est le cas des noms suivants : des « tacots », « des chauffeurs »  « Machine de guerre », « Chasse à l’homme », « J’m’en fou », C’en fou la mort », « 2fois garçons »…(Page 116) Tous ces groupes nominaux, formés pour la plupart de mots courants ou expressions populaires, ont en commun l’idée d’absence d’éthique dans la conduite. Il s’agit certainement de conducteurs ne respectant pas le code de la route et qui, par ricochet, mettent la vie des passagers en danger.

Dans « La rue 171 », que les noms soient propres ou qu’ils soient communs, ils ont tous une connotation péjorative. Ils ne reflètent pas de bonnes valeurs sociales. Cela dénote de l’anarchie dans une société où règne l’instabilité et qui est crispée du fait des effets néfastes de l’individualisme et l’égocentrisme. D’autres indices énonciatifs, qui ne sont pas pris en compte voire qui n’engagent pas la responsabilité du narrateur telles les pancartes ou affiches, participent à diversifier les voix. Dans le roman, « La rue 171 », les pancartes ou affiches sont présentées comme une feuille imprimée destinée à porter quelque chose à la connaissance du public et elles sont placardées sur les murs ou des emplacements réservés. Ou encore, se présentent-elles sous la forme d’un écriteau qui donne une information. Ce procédé fait que foisonnent dans l’œuvre des messages variés et différents les uns des autres. A cet effet, on peut regrouper ces affiches en deux catégories. La première pourrait faire référence aux affiches érotiques et la seconde présenterait celles qui ont trait à des informations religieuses.
En ce qui concerne les affiches érotiques, ce sont, dans le roman, « La rue 171 », des écriteaux en rapport avec l’amour physique qui provoque le désir amoureux ou encore le plaisir sexuel. Nous pouvons citer, par exemple :

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La convocation de ces affiches permet de mettre en perspective une société dépravée baignant dans une impudicité béante. Cette déperdition se justifie par les interrogations des « Hommes et des « Femmes » s’écriant : « Mais où allons-nous ? », « mais où va la société ? »  montrant ainsi qu’il n’y a plus vraiment de repère dans la société. Pour ce qui concerne les affiches religieuses, nous avons l’épisode des croyants d’obédience chrétienne qui déclarent ce qui suit :

Arrêtez de souffrir
Pleins feux sur le Pays des mille et une merveilles
Tempête de bénédictions
Nuit de la prospérité
Une nuit pour changer de vie ! Démonstration de puissance
Un jour de miracles et de prodiges
Viens prendre ton miracle …Page 53

Ces affiches sont des énoncés de « Pasteurs » exhortant les hommes vivant dans la souffrance, avec son corolaire de misère et de pauvreté, à sortir de cet « enfer ». Elles apparaissent comme des formules pour appâter les plus vulnérables de la société. Nous notons aussi l’évocation de versets bibliques que sont :

L’Exode, au chapitre 23, verset 15, on ne vient pas dans la maison de Dieu les mains vides. » (54) et de ‘ 2Corinthiens, chapitre 9, verset 7 qui dit : « Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur de donner, sans regret ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. Page 57

Ces extraits de la bible sont des énoncés venant de l’Apôtre Paul, donc d’une autre voix. Ils sont énoncés dans un contexte religieux, plus précisément chrétien. Ces propos de l’Apôtre Paul sont évoqués pour faire référence à la générosité des croyants lorsqu’ils sont dans « la présence de Dieu ».

De la même manière que les noms, les affiches ou les pancartes participent à donner une pluralité de voix, dans « La rue 171 », les chansons aussi sont des tribunes offertes à d’autres voix d’intervenir dans le récit. Par exemple, deux chansons ont attiré notre attention. Il s’agit d’une chanson en vogue dans les années 1960 et faisant référence aux indépendances :

Indépendance cha-cha tozuwi ye ! Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi / Oh Table
Ronde cha-cha ba gagner o !/ Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye ! Page 11
Traduction complet : nous avons obtenu l’indépendance / Nous voici enfin libres/ A
la table ronde nous avons gagné/ Vive l’indépendance que nous avons gagnée.

Ou encore la chanson de G G Vikey : « Devant Dieu et devant les Hommes/ (…) Ils partageront leurs joies et leurs peines » (Page 50).
Ces chansons sont une autre occasion de permettre à des artistes de prendre le relais et de se faire entendre par le lecteur. Il s’agit de deux chansons de réjouissance. La première traite de la joie que ressentent les habitants ayant accéder à l’indépendance, à la liberté et surtout à l’émancipation d’un peuple longtemps asservi.  La seconde célèbre le mariage et glorifie les mariés. Donc, nous avons affaire à des artistes qui prennent en charge le discours et parlent d’un fait important de leur société avec des points de vue n’impliquant pas forcément la voix de la rue. La présence de ces passages est, une fois de plus, la preuve de l’existence de plusieurs instances narratives différentes du narrateur principal dans le texte. Il ressort de cette approche que la polyphonie permet d’aborder les questions de pluralité de figures énonciatives dans un texte.
Dans « La rue 171 », au-delà de la rue qui apparait comme l’instance principale du discours dans l’œuvre, il y a une dissémination de plusieurs autres narrateurs ou de voix intervenant pour parler ou  exposer un  point  de vue.  Ces  voix  se vérifient  non  seulement  par les  propos d’habitants, c’est-à-dire des hommes et des femmes mais aussi et surtout par la présence des artistes, des chauffeurs, des pasteurs, de l’Apôtre Paul et d’autres personnes non clairement identifiées ou non identifiables dans l’œuvre. Toutes ces voix fonctionnent comme des preuves permettant au narrateur, « La rue 171 », d’étayer ses propos et donner un caractère satirique à l’œuvre. C’est également une stratégie assez novatrice dans la mesure où ces voix contribuent à briser, par moments, la linéarité du discours. L’analyse fait découvrir des traces de la subjectivité dans le discours du narrateur personnage que nous nous allons faire ressortir à partir de la démarche de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2002). Par exemple, nous avons l’extrait suivant : « Aujourd’hui, c’est samedi, et surtout le premier du mois.» Page 47

L’analyse de l’extrait ci-dessus nous permet de déceler dans le roman, « La rue 171 », la localisation temporelle, spatiale et les termes subjectifs. D’abord le temps de la narration est généralement en rapport avec le moment où les faits sont relatés et cela à travers les adverbes et les locutions temporelles telles aujourd’hui. Ensuite, s’agissant de la localisation spatiale, elle coïncide avec le moment de la narration énonciative et ne peut se dissocier d’elle dans la mesure où le personnage reste le même : ici, nous ne considérons pas l’évolution de cette rue par rapport à l’urbanisation qui lui a permis de passer d’une piste à une rue populaire. Nous mettrons l’accent sur le fait que cette rue soit toujours au même endroit et que, malgré sa transformation, elle sait tout. Enfin, Pour Kerbrat, les termes subjectifs englobent les verbes, les substantifs et les adjectifs subjectifs. Dans le discours du personnage narrateur, les substantifs subjectifs sont affectifs et évaluatifs comme dans l’exemple suivant :

C’est avec tristesse que je regarde partir ceux qui s’en vont pour toujours.
Moi la rue171 partage la douleur des familles, des enfants, des parents, des frères et sœurs, des amis et connaissances, des collègues …qui accompagnent les dépouilles ! Page 35

Dans l’exemple précédent, nous notons que les affects de l’énonciateur se dévoilent dans son discours. En effet, les noms comme « tristesse », « douleur » traduisent l’émotion de celui-ci qui compatit aux malheurs qui frappent les hommes et particulièrement les familles endeuillées. L’emploi de la locution verbale « regarde partir » dénote l’impuissance du narrateur et aussi des hommes face à la mort. C’est une évaluation du rapport « êtres humains » et « mort », qui se solde toujours par la victoire de la mort car tous les hommes sont mortels.

CONCLUSION

La rue 171, qui a servi de support à notre analyse, est une œuvre romanesque caractérisée par le récit. Pour lever toutes ambiguïté, nous avons spécifié les deux notions, discours et récit, et nous avons montré qu’il existe dans le roman, « La rue 171 », des traces du discours à travers les indices d’énonciation (je- tu et leurs variantes), la prise en charge du discours par le sujet parlant (la subjectivité). Un signe de ponctuation, le point d’exclamation, foisonnant dans l’œuvre, a attiré notre attention et il est analysé comme marque d’énonciation exprimant l’émotivité du narrateur. Nous avons aussi montré comment le narrateur manie la langue française en faisant intervenir plusieurs voix dans son discours (la polyphonie), à travers le commentaire des pancartes, les dessins, les sms, les causeries ou les débats. Il ressort aussi de notre analyse que les proverbes et le discours adapté lui permettent de circoncire et d’orienter son discours vers un émetteur qu’il connait bien et avec lequel il partage les mêmes réalités. Le dispositif énonciatif, à travers les chapitres, présente aussi une forme de conversation.

BIBLIOGRAPHIE

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MOESCHLER  Jacques   et  AUCHLIN  Antoine,   2009,  Introduction  à  la   linguistique contemporaine, Paris, Editions Armand Colin.

A propos : sociotexte

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