Les determinants socio culturels et economiques de la forte fecondite et les resistances des couples face aux methodes contraceptives au niger : BETOU Bizo – MALIKI Rabo Ali

Télécharger le PDF

LES DETERMINANTS SOCIO CULTURELS ET ECONOMIQUES DE LA FORTE FECONDITE ET LES RESISTANCES DES COUPLES FACE AUX METHODES CONTRACEPTIVES AU NIGER.

 

BETOU Bizo
MALIKI Rabo Ali
Doctorants, UFR Sociologie
Université Pr. Josef Ki-Zerbo Ouaga I. (Burkina Faso)

 

Résumé

Le Niger se caractérise par un fort taux de croissance démographique et un indice synthétique de fécondité élevé et, à cet effet préoccupent beaucoup le politique, les acteurs de développement ainsi que le monde des chercheurs. Dans la présente recherche nous avons posé comme question : Quels sont les facteurs qui favorisent la forte fécondité et la résistance des couples face aux méthodes contraceptives au Niger ? A travers cet article, nous cherchons à comprendre les comportements des couples nigériens face à la fécondité et expliquer leurs réactions face aux mesures contraceptives en vue de mieux planifier les naissances dans leurs foyers. Pour répondre à la question de recherche et vérifier l’objectif général, la méthode qualitative a été utilisée. Par la suite, les résultats de l’étude montrent que les déterminants socio culturels et économiques influencent les comportements pro natalistes des couples nigériens.

Mots clés : fécondité, contraception, déterminants socio culturels, déterminants économiques.

Abstract

Niger is characterized by a high rate of population growth and a high total fertility rate, and to this end is of great concern to the political community, development actors and the world of researchers. In this research we asked the following question: What are the factors that promote the high fertility and resistance of couples to contraceptive methods in Niger? Through this article, we seek to understand the behavior of Nigerian couples in the face of fertility and explain their reactions to contraceptive measures in order to better plan births in their homes. To answer the research question and verify the overall goal, the qualitative method was used. Subsequently, the results of the study show that socio-cultural and economic determinants influence the pro-natalist behavior of Nigerian couples.

Key words: fertility, contraception, socio-cultural determinants, economic determinants.


I
NTRODUCTION
La population mondiale observe une croissance démographique élevée. Cette dernière s’observe beaucoup plus dans les pays en développement que ceux dits développés. Au dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGP/H 2012), le Niger bat le record mondial en termes de taux de croissance (3,9%) et un indice synthétique de fécondité (ISF) le plus élevé aussi (7,6 enfants par femmes en âge de se procréer selon INS 2012). Ce taux d’accroissement s’accompagne toujours dans ce pays par une population majoritairement jeune (52% ont moins de 15 ans et 59% ont moins de 18 ans, (ibid.)). Cette forte croissance démographique est liée à une forte fécondité et une résistance des couples face aux méthodes contraceptives. La forte fécondité devient de ce fait une grande préoccupation pour les autorités dans ce pays ainsi que leurs partenaires. Cette préoccupation s’est traduite non seulement dans les déclarations des autorités (chefs de l’Etat tout comme Premier Ministre) mais également dans la déclaration du gouvernement en matière de politique de population élaborée en 2007. La déclaration qui visait principalement la maitrise de la croissance de la population à 2,5%, était le but premier de la politique du gouvernement nigérien. Cette politique est censée contribuer à réguler les comportements démographiques au Niger. Mais en dépit de tous les investissements injectés dans la conception, la vulgarisation et la mise en œuvre de cette politique, l’objectif est loin d’être atteint. Le taux de fécondité augmente et passe de 3,3% à 3,9% selon le dernier recensement, alors que les projections dans cette politique étaient de 2,5%. Ainsi, l’implication depuis quelques années des institutions internationales dans la gestion de la santé reproductive au Niger tente de corriger certaines insuffisances et d’accroître la pratique contraceptive moderne surtout dans les zones rurales. Mais, en dépit de tous les importants investissements des institutions internationales et les actions des autorités nigériennes, la mobilisation sociale autour de la planification familiale reste très faible surtout dans les zones pastorales. L’utilisation de la contraception médicalisée est en dessous du seuil minimum escompté de 10%.

Face à toutes ces situations, nous nous posons la question suivante :

  • Quels sont les facteurs qui favorisent la forte fécondité tout en restant hostile aux méthodes contraceptives au Niger ?

A cette question de recherche, nous formulons les questions subsidiaires qui suivent :

  • Qu’est-ce qui motive les couples nigériens à faire plus d’enfants ?
  • Pourquoi les couples nigériens sont-ils réticents à planifier leur procréation ?
  • Quelle  perception  les  couples  nigériens  ont  de  la  fécondité  et  des  méthodes contraceptives pour l’espacement des naissances ?
  • Quelle est la conception de l’enfant dans les familles nigériennes ?
  • Quelles sont les causes de l’échec de la politique de population ?

Cette problématique témoigne l’intérêt scientifique ainsi que l’actualité d’un tel sujet. Ainsi, le choix de ce thème constitue à n’en point douter notre contribution à la compréhension de ce dilemme.
L’objectif de cette recherche consiste à comprendre et expliquer le phénomène de la forte fécondité et la résistance des couples malgré la politique contraceptive mise en œuvre au Niger. Ainsi, nous avions retenu comme hypothèse de recherche que : la forte fécondité et la résistance des couples face à la politique de la maitrise de la natalité sont déterminées par des facteurs socioculturels et économiques au Niger.
Cette étude est conduite à l’échelle du pays. Il est prélevé, à cet effet, un échantillon représentatif par régions, départements, communes, villages et à l’intérieur de ces groupes prendre en compte les variables religion, ethnie, les groupes d’âge, la profession, le niveau d’instruction. L’étude consiste à mieux cerner les comportements des couples nigériens face à la question de la fécondité et expliquer leurs réactions face aux mesures de contraception en vue de mieux planifier les naissances dans leurs foyers.
Pour ce faire, partant de données existantes issues du dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2012 au  Niger, il  s’est  agi à cet effet d’élaborer des outils complémentaires  (focus  group,  guide d’entretien, grille d’observation) qui ont permis de recueillir des données qualitatives auprès des principaux acteurs concernés par la question afin de mieux comprendre et expliquer le phénomène de forte fécondité occasionnant une démographie galopante au Niger.
Au cours de cette étude, les principales cibles sont les couples, les leaders religieux, les spécialistes de la question (par entretiens ou consultation des écrits), les agents chargés de la conduite des campagnes d’IEC1 /CCC2 et SR/PF3 à différents niveaux. Les outils élaborés ont permis de collecter des données qualitatives sur les principales cibles de l’étude. Il est conduit à cet effet, des entretiens individuels, des focus groups, des récits biographiques et l’observation dans le cadre de cette étude.

  1. DEFINITION DES CONCEPTS

Dans Les règles de la méthode sociologique, E. DURKHEIM (1999) conseille de définir toujours les concepts afin de les démarquer de la confusion qui caractérise le sens commun.
Dans le même sens, M. GRAWITZ (1984, p. 392) écrit dans son ouvrage intitulé Méthodes des sciences sociales que : « L’ambiguïté des termes empruntés le plus souvent au langage courant, gêne le chercheur, qui se croit alors justifier d’utiliser des définitions personnelles. Chacun ayant les siennes, la nécessité de définir les concepts, pour qu’ils puissent jouer leur rôle d’agent de communication devient impérieuse ». En ce sens, le chercheur doit essentiellement utiliser au cours de son travail des concepts définis.
Dans le cadre de notre travail, nous avions retenu quatre (4) concepts clés qui feront l’objet de définition. Il s’agit de :

Le déterminant économique : c’est la conception selon laquelle les faits sociaux dans leur ensemble sont déterminés par des variables économiques. Ce déterminisme économique se manifeste aussi bien dans certaines analyses libérales, qui considère l’augmentation de la productivité et du revenu comme un facteur essentiel du changement social.

Le  déterminisme  socioculturel :  conception  illustrée  notamment  dans  l’œuvre  d’Emile Durkheim, selon laquelle les faits sociaux résultent de la contrainte sociale et culturelle qui s’exerce sur les acteurs, sans que le plus souvent, ils en aient conscience. Le travail sociologique vise à mettre au jour les variables qui déterminent ces comportements.

Fécondité : au sens littérale, la fécondité désigne la faculté, état de ce qui est fécond ; faculté de se reproduire. Il s’agit d’une variable cardinale en matière de féminité.

Contraception :  au  sens  littérale,  la  contraception  désigne  un  ensemble  des  moyens  qui permettent d’empêcher la conception, c’est-à-dire moyens employés pour rendre les rapports sexuels infertiles. C’est aussi l’ensemble des procédés par lesquels un rapport sexuel est rendu non fécondant, et ceci de façon temporaire et réversible.

  1. RESULTATS

2.1 Analyse des déterminants socio culturels et économiques

Pour comprendre le phénomène de la démographique galopante au Niger, il convient d’analyser les déterminants socio culturels et économiques qui influencent la fécondité au sein du couple, et au-delà, dans la famille et la communauté. Ces déterminants sont des indicateurs incontournables dans l’explication du phénomène démographique au Niger, pays à fort taux démographique (3,9%).

2.2 Déterminants socio culturels de la fécondité au Niger

A partir de l’analyse de la fécondité qui constitue un phénomène démographique par excellence, les sociologues cherchent à comprendre et à expliquer les phénomènes de la population. Pour ce faire, le sociologue doit d’abord comprendre que ces phénomènes ne peuvent être séparés de la réalité sociale dans laquelle ils s’inscrivent. Alors, comment faire le lien entre les dimensions sociologiques qui cherchent à comprendre l’impact du social sur les façons d’agir et de comportement des Nigériens face à la fécondité ?

Au Niger, les communautés sont structurées de telle sorte que la hiérarchie sociale constitue une valeur sociale sacrée (on parle de droit d’ainesse). Le pouvoir politique, les décisions juridiques, la science et le culte des ancêtres sont des privilèges de la classe sénile. Les femmes, les jeunes et les enfants sont exclus des sphères décisionnaires de la communauté. Cette dernière attribue le pouvoir décisionnel à l’ainé (le patriarche) au sein de la famille. Ainsi, la lecture de la déclaration du gouvernement en matière de politique de population (élaborée en 2007 au Niger) nous a permis de distinguer deux principaux déterminants de la croissance démographique. Il s’agit des facteurs sociaux et des facteurs culturels qui ont comme noms les comportements pro natalistes de la population (taux d’accroissement de 3,9% et ISF de 7,6 enfants par femmes en âge de procréer), un faible niveau de prévalence contraceptive (5% seulement des femmes utilisent les méthodes modernes de contraception en 2006).
En outre, pour mieux comprendre un fait social, Durkheim, nous invite à remonter à sa source la plus primitive. Ainsi, pour comprendre le comportement pro nataliste au Niger, il faut remonter à la conception première de l’enfant dans la société nigérienne conception selon laquelle l’enfant procure honneur, responsabilité voire l’autorité dans la communauté (la venue d’un enfant au sein d’une famille fait l’objet de plusieurs sacrifices, rituels et cérémonies pour remercier les dieux). Au Niger, plusieurs raisons expliquent cet état de fait. Il s’agit entre autres du poids social, c’est-à-dire l’obligation de se marier et de procréer pour non seulement être considéré par son groupe, sa communauté mais également pour perpétuer la race. A cela s’ajoute le poids de la religion qu’elle soit païenne ou musulmane. Pour la religion animiste pratiquée encore au Niger, le mariage est encouragé de même que la procréation. Cela s’explique par la configuration des génies qui sont vénérés et à travers lesquels on a un type de société bien structurée : parmi eux, il y a des maris, des femmes et des enfants. Pour la religion musulmane, il est permis de prendre jusqu’à quatre femmes et avoir beaucoup d’enfants (nombre non limité) pour accroitre la Umma4 islamique. Cette situation encourage beaucoup de musulmans à se marier sans, de fois, se soucier de l’avenir de leur couple et de leur progéniture. Cela s’appuie sur la thèse culturaliste qui développe la théorie selon laquelle la procréation s’inscrit dans la logique de production et de reproduction sociale.
En plus de ce poids religieux, il convient d’ajouter d’autres facteurs non moins importants comme la recherche d’une certaine assise pour les femmes au sein de leur belle famille ce qui crée une compétition entre épouses (plus la femme a beaucoup d’enfants plus elle est respectée au sein de la famille). On peut aussi ajouter l’aspect manque de préoccupation surtout en milieu rural en période morte qui favorise l’accouplement. Pour ces considérations, une femme stérile est mal vue par la société qui la traite de sorcière ou de maudite. Par ailleurs, à ces facteurs favorisant la forte fécondité, on peut également ajouter le mimétisme, les rivalités entre famille, etc. qui influencent le comportement des individus.

2.3 Déterminants économiques de la fécondité au Niger

En plus des déterminants socio culturels de la fécondité au Niger, notons également les facteurs économiques. En effet, dans la société nigérienne et plus particulièrement en zone rurale, depuis la nuit des temps, les enfants constituent non seulement pour la famille un prestige social mais également économique. En effet, les familles de grandes renommées en milieu rural nigérien sont des grandes familles (c’est-à-dire beaucoup d’hommes de femmes et d’enfants). Dans la conception de ces sociétés, plus vous avez beaucoup d’enfants plus vous avez des richesses car ces enfants constituent une force de travail convertible en biens ou produits de subsistance. La femme constitue, à cet effet, pour parler comme Claude MEILLASSOUX : un grenier et des capitaux en ce sens qu’elle produit des enfants qui à leur tour produiront des richesses. L’enfant constitue pour les parents « une assurance vieillesse ».

Il ressort d’une enquête menée dans le cadre de la mise en place d’une stratégie de suivi de femmes à la consultation pré natale, par le district de Magaria (région de Zinder au Niger) que les 70% des femmes interrogées qui ont plus de 6 enfants viennent de ménages polygames et cela s’explique par les compétitions des épouses dans l’espoir d’hériter une grande partie des biens du mari.

2.4 La perception des couples face aux méthodes de contraception

La contraception, c’est l’ensemble des méthodes visant à éviter de façon réversible et temporaire,  la fécondation.  C’est  donc un  moyen  volontaire qui  consiste  à contrôler les naissances pour des raisons personnelles ou sanitaires. Au Niger, des moyens de contraception existent depuis longtemps. Ces méthodes sont de deux sortes : traditionnelles et modernes.

–     La méthode traditionnelle de contraception au Niger consiste en l’utilisation des gris- gris qui servent à retarder la venue de la grossesse, la prise des certaines substances telles que le henné ou la toile d’araignée ou tout simplement par des incantations religieuses pour implorer Dieu de retarder la prochaine grossesse ou par la méthode du coït interrompu.5

–     La  seconde  méthode  de  contraception,  dite  moderne  consiste  en  l’utilisation  des produits contraceptifs tels que les pilules contraceptives, le préservatif, le stérilet ou la pommade spermicide.

Cependant, malgré l’existence de ces méthodes contraceptives au Niger, on constate qu’on a le plus fort taux de fécondité au monde (3,9%). Cela signifie que peu des nigériens (un couple sur vingt en 2006) utilisent ces moyens de contraceptions.
Par ailleurs, la Déclaration du gouvernement en matière de politique de population (page3), stipule que : « au Niger, la proportion de femmes qui souhaitent planifier leurs grossesses est importante et beaucoup d’hommes y sont également favorables ». Selon L’EDSN6  de 1998, dans la même déclaration : « 45,6% des femmes en union souhaitaient espacer la prochaine naissance de 2 ans ou plus tandis que chez les hommes mariés, cette proportion était de 53,1% ». Chose étonnante car les femmes qui souffrent et qui meurent suite à l’accouchement ou aux problèmes liés à la grossesse (une femme meurt toutes les deux heures) sont moins favorables à la planification familiale, donc à la contraception que les hommes.

Ainsi, on peut expliquer ce refus d’utiliser les moyens de contraception pour plusieurs raisons :

–     La première raison est liée à une interprétation de l’islam qui consiste à dire que la contraception, même le coït interrompu (sauf en cas d’accouchements répétés), est comme priver un enfant de son droit de naitre. Les tenants de ce postulat pensent que l’enfant est une bénédiction divine et que l’on doit laisser la volonté de Dieu s’accomplir, donc utiliser les moyens contraceptifs est valable à un infanticide ;

–     La deuxième raison est liée au plaisir égoïste des hommes et parfois même des femmes qui pensent qu’utiliser un moyen de contraception tel que le préservatif, diminue le plaisir lors du rapport sexuel. Pour les tenants de cette pensée, avoir le rapport sexuel protégé est comparable à sucer un bonbon sans enlever l’emballage ;

–     La troisième raison est liée à la méfiance de la population face aux produits contraceptifs modernes. Certains pensent que le préservatif, de par sa fluidité est imbibé de VIH pour propager le SIDA en Afrique. D’autres personnes pensent que l’utilisation de certains moyens de contraception tels que le stérilet et les pilules contraceptives stérilisent la femme pour toujours.
En plus de ces trois raisons, la résistance de la population face aux méthodes contraceptives s’explique également en partie par les déterminants analysés ci-haut, favorisant la forte fécondité. En plus de ces déterminants, cette résistance est aussi déterminée par l’ignorance et l’analphabétisme qui gangrènent la majeure partie de la population (à 80% rurale).

En résumé, on peut dire que la méfiance ou le refus de la population d’utiliser les moyens de contraception, aussi bien traditionnels que modernes, fait en sorte que le taux de fécondité au Niger est aussi élevé.

2.5 De la perception des enquêtés sur l’échec de politique de la population

2.5.1 Aspects culturelles

Dans le contexte nigérien, soulignons la prédominance d’une idéologie pro nataliste fondée sur des considérations religieuses et traditionnelles.
D’une part, du point de vue religieux, les nigériens sont fortement attachés à la religion islamique selon laquelle la procréation (croitre la « Umma islamique ») fait partie du principe premier du mariage. Cela est accentuée par la possibilité pour chaque homme d’avoir jusqu’à quatre femmes, d’où une prévalence de la polygamie dans la société. Les ménages polygames se caractérisent le plus souvent par « une compétition » à la recherche des enfants entre les femmes d’un même mari. Retenons ici que le commun des nigériens ignore souvent ou réfute les conditions prescrites véritablement par la religion pour être polygame.
D’autre part, la culture nigérienne encourage la forte fécondité parce que la perception de l’enfant dans la société est basée sur un certain nombre de valeurs à savoir : « l’enfant comme une richesse », un honneur pour la famille et un symbole. C’est donc une main d’œuvre pour la famille, un héritier, un signe de privilège dans le milieu social. Aussi, le degré de l’analphabétisme de la population la rend réfractaire aux nouvelles initiatives qui sont le plus souvent considérées comme modernes autrement dit contraires aux us et mœurs.

2.5.2 L’aspect lié à l’approche méthodologique

L’inconscient collectif ramène la responsabilité de la procréation sur la femme. Malheureusement, les techniciens, entant que fruit de la société, tombent intentionnellement ou inconsciemment dans cette considération. De ce fait, le ciblage est beaucoup plus orienté sur les femmes (consultation prénatale, post natale, allaitement exclusif, vaccination des enfants) sans se soucier des hommes. On a tendance à sensibiliser essentiellement les femmes en mettant moins l’accent sur l’autorité à laquelle cette dernière est soumise qu’est l’homme, c’est-à-dire le mari ou le chef, responsable ou le maitre du foyer.
En plus, nous assistons à des défis d’opérationnalisation des politiques, pourtant minutieusement conçues par des experts maitrisant les concepts et la réalité sociale du pays. Ces défis peuvent être liés soit à l’engagement et la compétence des ressources humaines ou bien aux moyens logistiques et financiers mis à leur disposition sur le terrain.

Par ailleurs, la non capitalisation des acquis de la décentralisation par rapport à l’implication et la responsabilisation des leaders locaux (leaders religieux, leaders communautaires, Leader des femmes, des jeunes…) et la non prise de certaines approches ayant fait leur preuve sur le terrain dans la gestion et la prévention de la santé maternelle et infantile constituent entre autres des conséquences de cet échec.

2.6 Suggestions de quelques pistes de réflexions pour une stratégie en vue de la maitrise de la fécondité à travers l’utilisation des méthodes contraceptives au Niger

A l’issue de cette étude, il s’agit de mieux analyser les comportements de la population du Niger par rapport à sa forte fécondité afin de proposer une stratégie efficace qui permettra de maitriser ce phénomène de démographie galopante. Pour ce faire, il convient de mettre en place une stratégie adéquate d’IEC/CCC en SR/PF à même de juguler la situation.
Cette stratégie, élaborée à l’issue d’une étude nationale, contiendra des outils efficaces de communication (avec des messages et canaux de communication minutieusement analysés et au cas par cas, c’est-à-dire en tenant compte des différentes sensibilités régionales, ethniques, religieuses) pour un véritable changement de comportement en matière de la santé de la reproduction. Les messages à concevoir seront les réponses aux différentes perceptions des populations (notamment les couples) sur la fécondité et leurs résistances face aux méthodes de contraception. Par ailleurs, ces outils de communication seront accompagnés d’une stratégie de mise en œuvre appropriée, c’est-à-dire tenant compte des spécificités et répondant au contexte, ce qui facilitera leur application à l’échelle du pays. En outre, les différents acteurs de mise en œuvre de la stratégie seront mieux organisés (ministères, régions, départements, communes, villages, partenaires d’appui) et un plan de renforcement de leurs capacités sera élaboré afin de les rendre beaucoup plus efficaces dans leur mission. Il sera également mis en place un plan de suivi et évaluation de la stratégie pour d’éventuels réajustement ou réorientation en fonction des différents constats lors de sa mise en œuvre. A cet effet, l’Etat doit mettre en œuvre les moyens conséquents pour la vulgarisation et la sensibilisation de proximité pour la mise en œuvre de la stratégie. Egalement, un plaidoyer doit être conduit toujours par l’Etat auprès de ses partenaires pour accompagner la société civile qui est un acteur non moins important dans la mise en œuvre de cette stratégie.

CONCLUSION

Le Niger, faut-il le rappeler, se caractérise par un fort taux de croissance démographique et un indice synthétique de fécondité élevé. Cette question est très préoccupante aussi bien pour les autorités que leurs partenaires. A cet effet, dans la présente recherche, nous nous sommes posés la question suivante : Quels sont les facteurs qui favorisent la forte fécondité et la résistance des couples face aux méthodes contraceptives au Niger ?

Pour répondre à la question de recherche et vérifier l’objectif général, la méthode qualitative a été utilisée. Après l’analyse des données recueillies, les résultats montrent que les déterminants socio culturels (tels que la recherche du prestige social, la coercition sociale, le poids de la religion etc.) et économiques (l’enfant « capital économique », « assurance vieillesse » et honneur au  sein  de la  société) influencent  les  comportements  pro natalistes  des  couples nigériens. Cela fait en sorte que les couples au Niger résistent aux politiques natalistes prônées en vue de maitriser la population par les autorités avec l’appui de leurs partenaires.

En définitive, ce travail, faut-il le rappeler n’est qu’une esquisse de réflexion par rapport à ce sujet qui est d’actualité dans ce pays. Nous venons là de proposer quelques pistes de réflexion. Il convient, à cet effet, de conduire une véritable étude qui permettra de le traiter sociologiquement à travers la démarche qualitative sur un échantillon plus vaste (à l’échelle du pays). Ce travail nécessite une véritable implication de l’Etat à travers ses services déconcentrés et une meilleure organisation des interventions des différents partenaires.

BIBLIOGRAPHIE

Emile DURKHEIM (1999), les règles de la méthode sociologique, PUF, Paris, 10è éd.

IFORD (1980), rapport final du séminaire sur les politiques de population en Afrique (Lomé, 12-16 Mars 1979) Yaoundé, IFORD.

INS (2012), Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples du Niger, Niamey, Niger.

Madelaine GRAWITZ (1984), Méthodes des sciences sociales, Dalloz, 6e édition.

Ministère de la population et de l’action sociale (Février 2007), Déclaration du gouvernement en matière de politique de population, République du Niger.

1 Information, éducation, communication.

2 Communication pour un changement de comportement.

3 Santé de la reproduction et planification familiale.

4 Il s’agit ici de la communauté ou la population musulmane. Dans la tradition prophétique appelée la « Sunna », c’est-à-dire la vie du Prophète Mohamed (Paix et salut sur Lui), ce dernier a demandé aux musulmans de se marier et d’accroitre sa communauté (al ummat).

5 Mécanisme qui consiste à l’homme, au moment de l’éjaculation de retirer son sexe et la faire à l’extérieur.

6 Enquêtes démographiques et de santé au Niger conduite par l’Institut national de la statistique eu Niger en
1998.

A propos : sociotexte

A voir

Les dimensions linguistiques d’ « une frontière surveillée » : l’érotisme : Amidou SANOGO

Du simple concept de l’amour à la sexualité en passant par les notions du désir sexuel et de la suggestion de la sexualité, l’érotisme ne cesse d’évoluer vers la transgression morale. La présente étude se penche sur les manifestations linguistiques de l’érotisme dans les écrits francophones. Elle examine les frontières surveillées par la censure publique, entre la volonté de rendre le sujet excitant et l’intention de décrire crûment l’acte et les attributs sexuels. Dans cette oscillation entre les deux pôles d’une même réalité, l’érotisme est esthétiquement un voilement de l’espace entre le lecteur et la scène. Ceci pose la problématique de la spécificité de l’érotisme auquel on mêle d’autres genres comme le libidineux, le grivois, et même la pornographie qui dévoilent tout ou partie de la scène. Ainsi, entre masquage et dévoilement, l’érotisme n’est-il pas une question de représentation par l’auteur et de perception par le lecteur ? Le présent travail se consacrera à l’analyse des indices linguistiques et des stratégies discursives mis œuvre dans l’écriture.